Le procès de Robert Moreau pour assassinat s'est ouvert ce mercredi devant la cour d'assises des Alpes-Maritimes. Les débats ont failli être écourtés tant la mémoire de l'accusé, miné par la maladie d'Alzheimer, fait défaut.
Un accusé qui ne se souvient de rien
Robert Moreau, 79 ans, avance à petits pas dans le box vitré, soutenu par deux accompagnantes de l'Aide à domicile en milieu rural (ADMR). Le vieil homme aux cheveux gris et aux sourcils fournis, cachés derrière de fines lunettes dorées, semble perdu. Il écarquille les yeux, donnant l'impression de ne pas savoir où il se trouve.
Le président Ludovic Leclerc lui demande : « Reconnaissez-vous avoir tué votre voisin, Monsieur Robert Baudin, le 26 décembre 2023 à Nice ? » La réponse est à peine audible : « Je ne m'en rappelle plus, je ne sais pas. »
Un procès suspendu à l'état de santé
La défense a estimé que Robert Moreau n'est plus en capacité d'exercer ses droits. Me Olivier Molla, son avocat, déclare : « Il ne se rappelle jamais de moi alors que je le suis depuis le début de l'instruction. Un procès, ce n'est pas simplement valider les faits. C'est être capable de s'expliquer, de donner un avis, d'apporter des contradictions. Sa propre parole n'est pas fiable. »
L'avocat s'interroge aussi sur le sens de la sanction pénale. La famille de Robert Baudin, représentée par Me Florence Bensa-Troin, est dévastée. L'avocate générale Noémie Orihuela rappelle que l'état de santé de l'accusé ne pourra que se détériorer : « Nous n'aurons pas d'autre moment pour le juger puisque son état ne s'améliorera pas. »
Un examen psychiatrique révélateur
Robert Moreau a été examiné le 21 mai dernier par le Dr Nicolas Paquin, médecin-chef en psychiatrie à l'hôpital Sainte-Marie de Nice. Lors de cet examen, l'accusé n'a pu résumer les faits qu'en quelques mots : « J'ai tué quelqu'un. J'étais en colère. C'était dans un garage. »
Selon le psychiatre, il conserve certains souvenirs anciens mais peine à intégrer les événements récents, un symptôme typique de la maladie d'Alzheimer. Le médecin prévoit « une aggravation irréversible » et s'interroge sur sa capacité à participer utilement aux débats. Ses facultés cognitives fluctuent fortement.
La cour a estimé que Robert Moreau n'était pas dans l'impossibilité de comparaître, mais le président a autorisé l'accusé à quitter le box pour suivre les débats aux côtés de son avocat.
Un voisin aidant devenu persécuteur
L'accusé, âgé de 78 ans au moment des faits, a tué de trois balles dans la tête son voisin et ami Robert Baudin, 82 ans, dans leur immeuble du 14, avenue Henry-Dunant à Nice. L'arme, un calibre 7,65 mm, datait de son service militaire et il s'en promenait depuis au moins quatre jours avant le drame.
La victime, ancien cadre d'imprimerie de Nice-Matin et président du conseil syndical, était décrite comme serviable et appréciée. Après le décès de l'épouse de Robert Moreau, il l'avait aidé dans des démarches administratives.
L'expert psychiatre Serge Sussa évoque un délire de persécution nourri par des fabulations. Robert Moreau était convaincu que son voisin lui avait volé de l'argent, empêché l'achat d'une plaque funéraire pour son épouse et était responsable de sa mort. « La victime, qui était une aide, est devenue du jour au lendemain un persécuteur », analyse le Dr Sussa.
L'expert considère qu'au moment des faits, son discernement était altéré mais non aboli. « Il avait conscience du caractère criminel de son geste et des conséquences pour lui et pour les autres », souligne-t-il. L'accusé avait confié : « Je regrette d'avoir fait une veuve. »
Le procès d'assises doit s'achever vendredi. La famille de Robert Baudin attend des réponses. Reste à savoir si, d'ici là, l'homme qui comparaît sera en capacité de leur en apporter.



