Neuf policiers de la CRS 43 jugés pour violences aggravées lors des manifestations des Gilets jaunes
Neuf policiers, tous membres de la CRS 43 basée à Chalon-sur-Saône au moment des faits, comparaissent depuis lundi devant le tribunal correctionnel de Paris pour violences volontaires avec plusieurs circonstances aggravantes. Cet épisode s'est déroulé lors de l'acte 3 des manifestations des Gilets jaunes, le 1er décembre 2018.
Des peines de six à vingt mois de prison avec sursis requises par le parquet
Jeudi, la procureure Manon Dubarry a requis des peines allant de six à vingt mois d'emprisonnement, toutes assorties du sursis, contre les neuf CRS. Ces derniers sont accusés d'avoir matraqué et frappé à coups de pied des manifestants qui s'étaient réfugiés dans un Burger King près de la place de l'Étoile à Paris.
« Le désordre ne suspend jamais le droit, le droit n'est pas un luxe réservé aux jours calmes, le droit est précisément ce qui doit tenir quand tout bascule », a déclaré la procureure. Elle a souligné que le tribunal jugeait « le moment précis où l'usage de la force a cessé d'être nécessaire et proportionné ».
Une intervention filmée sous tous les angles
La justice reproche aux policiers d'être intervenus sans sommation et sans laisser aux manifestants le temps d'évacuer les lieux, alors que ces derniers n'opposaient aucune résistance. L'épisode, qui n'a duré que 2 minutes et 37 secondes, a été intégralement filmé par des manifestants, des journalistes et des caméras de vidéosurveillance.
« Toute la séquence est filmée, c'est rare et c'est précieux, parce que cela empêche de réécrire l'histoire », a observé la représentante du parquet. Ces images ont joué un rôle crucial dans l'instruction du dossier.
Quatre parties civiles et seize victimes non identifiées
Quatre personnes physiques, frappées à coups de matraque ou de pied, se sont constituées parties civiles. Les enquêteurs ont également comptabilisé seize victimes non identifiées qui ne se sont pas manifestées auprès de la justice.
La procureure a rappelé que « la force ne peut avoir pour finalité de punir, d'humilier, de compenser une journée difficile ». Tout en reconnaissant « la violence de cette journée » et la « difficulté de la mission » des CRS 43, elle a insisté sur le fait que « plus la situation est chaotique, plus la maîtrise est exigée, parce que ce sont des professionnels entraînés et aguerris ».
Le jugement attendu pour le 17 mars
Le tribunal doit rendre son jugement le 17 mars prochain. Ce procès intervient dans un contexte plus large de débats sur les méthodes d'intervention des forces de l'ordre lors des mouvements sociaux, particulièrement durant la crise des Gilets jaunes.