Décès du témoin principal de l'affaire Boulin : une enquête judiciaire est lancée
Elio Darmon, âgé de 79 ans et ancien proche du milieu parisien, qui avait relancé l'affaire la plus mystérieuse de la Cinquième République liée au décès du député-maire de Libourne en 1979, est décédé ce mercredi. Le parquet de Lorient a confirmé que l'homme a été retrouvé mort à son domicile de Brandérion dans le Morbihan, le 1er avril, validant une information du Télégramme. Une enquête pour recherche des causes de la mort est en cours, avec une autopsie prévue dans la semaine.
Un témoignage explosif et des révélations troublantes
Au début de l'année 2024, Elio Darmon avait signé un témoignage devant la juge d'instruction Joëlle Nahon, chargée du dossier Robert Boulin. Ce député-maire de Libourne avait été retrouvé mort dans la forêt de Rambouillet le 30 octobre 1979. Malgré de nombreuses incohérences, la justice avait longtemps soutenu la thèse d'un suicide par noyade. Ce n'est qu'en 2015 que la famille de l'homme politique a obtenu l'ouverture d'une information judiciaire pour « enlèvement, séquestration suivie de mort ou d'assassinat ».
Elio Darmon, malade et en fin de vie, s'était rapproché des gendarmes et de la juge d'instruction pour livrer un récit remontant à ses jeunes années. Photographe sans le sou, il avait fréquenté le milieu parisien, notamment un club libertin appelé le Roi René, situé à Ville-d'Avray. Dans ce lieu interlope, il avait observé des échanges entre espions, truands et policiers.
Des accusations contre le Service d'action civique et des preuves matérielles
Selon son témoignage, Elio Darmon aurait assisté à une conversation entre Pierre Debizet, patron du Service d'action civique (SAC), et deux truands. Debizet aurait reproché aux deux hommes d'avoir eu la main trop lourde sur l'ancien ministre, déclarant : « On vous avait dit de ne pas le tuer ». L'aspect le plus remarquable de ce récit est qu'Elio Darmon avait conservé le numéro d'immatriculation de la voiture utilisée par les truands, permettant aux gendarmes d'identifier deux suspects et de poursuivre les investigations.
Fatigué de se taire et inquiet de ne pas être entendu, Elio Darmon avait beaucoup parlé, non seulement aux enquêteurs mais aussi à la presse, ravivant l'intérêt médiatique pour cette affaire. L'été dernier, il avait affirmé avoir été visé par des coups de feu à son domicile, sans être blessé. Les gendarmes avaient découvert trois douilles derrière un véhicule, et une enquête est en cours pour déterminer si cet incident est lié à l'affaire Boulin.
Les inquiétudes de la famille Boulin et l'avenir de l'enquête
Fabienne Boulin, fille du ministre, a exprimé ses craintes face à ce nouveau décès : « Quelles que soient les causes, les témoins meurent tous un à un, et bientôt il ne restera plus personne ». Elle déplore les retards dans l'instruction, notamment après le départ de la juge Joëlle Nahon il y a plus d'un an. La fille du ministre souhaite désormais que le dossier soit confié au pôle « cold cases » du parquet de Nanterre, spécialisé dans les affaires non élucidées.
L'affaire Boulin semble remplir plusieurs critères pour intégrer cette unité d'enquête prestigieuse, mais la demande est actuellement suspendue à l'autorisation du parquet général de Versailles. La mort d'Elio Darmon ajoute une nouvelle couche de mystère à cette affaire déjà complexe, soulignant l'urgence de faire avancer les investigations avant que d'autres témoins ne disparaissent.



