Un Modigliani spolié pendant la guerre restitué à son héritier français après des décennies de combat
La cour suprême de l'État de New York a rendu une décision historique en ordonnant la restitution d'un tableau d'Amedeo Modigliani, spolié pendant la Seconde Guerre mondiale à un antiquaire juif britannique, à son unique héritier, un agriculteur français installé en Dordogne, dans le sud-ouest de la France.
Une décision de justice qui met fin à des années de procédures
Le tribunal a estimé qu'Oscar Stettiner, arrêté en 1943 par les nazis, était bien le propriétaire légitime de L'homme assis appuyé sur une canne (1918) ou, à tout le moins, la personne ayant les droits les plus légitimes sur l'œuvre avant sa saisie illégale et qu'il n'avait jamais volontairement renoncé à sa propriété. Cette décision, rendue le 3 avril et consultée par l'AFP, s'appuie notamment sur un jugement d'un tribunal français de 1946 qui ordonnait déjà la restitution du tableau à Oscar Stettiner.
Le parcours mouvementé d'une œuvre d'art
Cette toile de l'artiste italien Amedeo Modigliani (1884-1920), représentant le chocolatier Georges Menier, avait disparu des radars en 1944, sous le régime de Vichy, après la saisie de la collection d'Oscar Stettiner. L'antiquaire habitait Paris mais s'était réfugié en Dordogne pendant la guerre. L'œuvre a mystérieusement réapparu en 1996 lors d'une vente aux enchères chez Christie's à Londres, où elle a été achetée par le milliardaire David Nahmad.
Une bataille judiciaire internationale
Dès 2011, Mondex Corporation, une entreprise canadienne spécialisée dans la traque d'œuvres spoliées par les nazis, s'est lancée dans une bataille judiciaire pour récupérer le tableau au nom de Philippe Maestracci, le petit-fils d'Oscar Stettiner et unique héritier, un agriculteur octogénaire. Devant la justice américaine, David Nahmad a d'abord soutenu que le chef-d'œuvre ne lui appartenait pas mais était la propriété d'International Art Center (IAC), une société offshore.
L'impact décisif des Panama Papers
En 2016, les Panama Papers, ces millions de documents révélés par le Consortium international de journalistes d'investigation sur des sociétés offshore, ont montré que le milliardaire était l'unique propriétaire d'IAC depuis janvier 2014. Le tableau, représentant un homme moustachu portant cravate et chapeau, était stocké dans les hangars des Ports francs de Genève, où des biens peuvent être conservés sans payer de droits de douane. L'œuvre, estimée à plus de 20 millions d'euros, y a été placée sous séquestre par la justice genevoise après la publication des Panama Papers.
Une victoire pour la mémoire et la justice
La cour suprême de New York donne donc finalement raison à Philippe Maestracci, mettant fin à une longue quête pour récupérer un bien familial spolié pendant l'un des épisodes les plus sombres de l'histoire européenne. Cette décision renforce les efforts internationaux pour la restitution des œuvres d'art volées pendant la Seconde Guerre mondiale et souligne l'importance de la transparence dans le marché de l'art.



