Marseille referme le chapitre des bars américains après des condamnations pour proxénétisme
La justice marseillaise a définitivement tourné une page sombre de l'histoire du centre-ville en condamnant quatorze individus pour proxénétisme aggravé au sein des anciens établissements de prostitution connus sous le nom de bars américains. Le tribunal correctionnel de Marseille a prononcé, dans la nuit de jeudi à vendredi, des peines allant de douze à trente mois de prison entièrement assorties du sursis contre onze femmes et trois hommes, parmi lesquels sept septuagénaires. Une serveuse a bénéficié d'une relaxe, clôturant ainsi une affaire qui a mis en lumière un système de prostitution déguisé en activité de bar.
Un système de prostitution subtil derrière des vitrines enjôleuses
Les prévenus, incluant des gérantes et des barmaids, ont été jugés depuis lundi pour leur rôle dans dix bars aux noms évocateurs tels que Brazilia, Dark Side ou Sweet. Ils ont contesté les accusations selon lesquelles des prestations sexuelles tarifées étaient offertes à des clients présentés comme de simples consommateurs. La procureure a souligné que ces prestations étaient directement indexées sur le niveau de consommation du client, citant un habitué des lieux qui affirmait : C'est comme si la fellation était incluse dans les prix des bouteilles.
Le fonctionnement des bars à bouchons et leur clientèle
Ces établissements, surnommés bars à bouchons, prospéraient depuis l'après-guerre en employant des hôtesses. L'enquête a identifié 52 victimes, mais aucune ne s'est constituée partie civile. Les enquêteurs ont qualifié le mode opératoire de subtil, avec des bouteilles de champagne vendues jusqu'à 400 euros, justifiées par des prestations sexuelles dans des salons ou derrière des rideaux. La procureure a décrit une époque révolue où les amateurs d'opéra croisaient ces dames aux vêtements tapageurs pour une clientèle vieillissante.
Une page tournée pour le quartier de l'opéra
Derrière ce folklore marseillais, le tribunal a découvert des femmes dont la vie a souvent été marquée par des années de prostitution. Les avocats ont noté que ces enseignes des bas-fonds étaient contrôlées par des membres du milieu, absents de ce procès, comme l'a regretté une association de lutte contre le proxénétisme, partie civile. Une fermeture administrative définitive en 2016 a mis fin à ces établissements situés dans le quartier de l'opéra, désormais transformés en bars branchés, symbolisant la fin d'une ère pour Marseille.



