Une vague mondiale de restrictions pour protéger la jeunesse numérique
Confrontés aux risques croissants de cyberharcèlement, de dépendance et d'exposition à des contenus inappropriés, de nombreux États à travers le monde renforcent leur arsenal législatif pour instaurer une majorité numérique et restreindre l'accès des plus jeunes aux plateformes sociales. Cette tendance globale vise à créer un environnement numérique plus sûr pour les générations futures.
Des interdictions qui se multiplient sur tous les continents
L'Australie a ouvert la voie en interdisant depuis décembre 2025 l'accès aux réseaux sociaux pour les moins de 16 ans, avec des sanctions prévues contre les géants de la technologie qui ne respecteraient pas cette mesure. Récemment, la Grèce a annoncé son intention d'appliquer une interdiction similaire pour les moins de 15 ans à partir de janvier 2027, qualifiant cette décision de « difficile mais nécessaire » par le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis.
Le Brésil a adopté une approche différente avec une loi entrée en vigueur en mars, obligeant les plateformes à relier les comptes des moins de 16 ans à ceux de leurs parents et à vérifier de manière fiable l'âge des utilisateurs. En Chine, où internet est strictement régulé, un « mode mineur » obligatoire depuis avril 2025 permet de filtrer les contenus, limiter le temps d'écran et imposer des couvre-feux numériques.
L'Europe cherche une approche coordonnée
La Commission européenne vient de lancer une application de vérification d'âge destinée à « mettre les enfants à l'abri des contenus dangereux », selon sa présidente Ursula von der Leyen. La France fait pression pour aboutir à un dispositif d'interdiction coordonné au niveau européen, avec une proposition de loi actuellement en cours d'examen qui pourrait interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans.
D'autres pays européens préparent des législations similaires : l'Autriche espère présenter « dès cet été » une loi interdisant les réseaux sociaux aux moins de 14 ans, la Norvège et le Danemark envisagent des interdictions pour les moins de 15 ans, et la Slovénie prépare un projet de loi dans le même sens. En Allemagne, une commission d'experts doit faire des recommandations d'ici l'été sur une possible restriction voire interdiction pour les mineurs.
Des consultations publiques pour affiner les mesures
Plusieurs pays ont engagé des consultations publiques pour déterminer la meilleure approche. La Norvège a lancé une consultation en 2025 sur une nouvelle loi qui interdirait aux réseaux sociaux d'offrir leurs services aux moins de 15 ans. Au Royaume-Uni, le gouvernement travailliste attend les conclusions d'une consultation avant de légiférer, le Premier ministre Keir Starmer ayant laissé entendre une interdiction prochaine pour les moins de 16 ans.
En Inde, où plusieurs États envisagent des interdictions pour les mineurs, le gouvernement a annoncé en février discuter avec les plateformes de réseaux sociaux sur de futures restrictions. L'Indonésie a quant à elle justifié son interdiction des réseaux sociaux aux moins de 16 ans par les menaces de pornographie, cyberharcèlement, fraude en ligne et dépendance à internet.
Les politiques s'emparent du sujet avec des approches variées
En France, la proposition de loi pour interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans a été adoptée en première lecture par l'Assemblée nationale en janvier, mais modifiée par le Sénat pour ne prévoir que l'interdiction des plateformes les plus nocives. Députés et sénateurs devront se réunir en commission mixte paritaire pour trouver un accord, avec un objectif d'entrée en vigueur en septembre.
Le Portugal a déposé une proposition de loi en février visant à fixer une majorité numérique à 16 ans, tandis que l'Espagne suit une trajectoire similaire avec un projet de loi visant à relever l'âge d'inscription sur les réseaux sociaux de 14 à 16 ans. L'Italie envisage des mesures encore plus strictes, avec une proposition de la Ligue visant à interdire les plateformes aux moins de 15 ans et à soumettre l'accès des mineurs plus âgés à un accord parental explicite.
Au total, au moins 16 pays dans le monde préparent ou appliquent déjà des restrictions d'usage des réseaux sociaux pour les mineurs, marquant un tournant dans la régulation du numérique face aux risques identifiés pour la santé mentale et la sécurité des jeunes générations.



