La succession de Patrick Buisson, ancien conseiller de l'ombre de Nicolas Sarkozy décédé fin 2023, est au cœur d'un litige opposant son fils unique Georges, en partie déshérité, à une congrégation religieuse traditionaliste. Georges Buisson, qui avait soutenu Éric Zemmour lors de la présidentielle de 2022, a déposé deux plaintes pour escroquerie et chantage.
Un fils en partie déshérité
Selon Me Jérôme Karsenti, avocat de Georges Buisson, l'essayiste s'est « employé à déshériter autant que possible son unique descendant », notamment en léguant ses biens à des tiers. La Fraternité Saint-Vincent-Ferrier, une congrégation catholique traditionaliste basée en Mayenne, a ainsi été désignée légataire universelle des « archives personnelles, familiales et politiques » de Patrick Buisson. Ces archives ne seront accessibles qu'aux personnes ayant « reçu l'agrément du responsable de ce fonds d'archives ». La congrégation est également la principale bénéficiaire de contrats d'assurance-vie, qui avaient été dissimulés à son fils, selon Me Karsenti.
Des « archives secrètes » découvertes
En janvier, la préfète de la Mayenne avait indiqué qu'il revenait « au notaire désigné par Patrick Buisson de procéder à la liquidation de la succession », en excluant les droits d'auteur et la gestion de la concession funéraire du défunt. Elle avait aussi précisé que si des archives publiques « figurent dans le fonds d'archives de Patrick Buisson, elles doivent être restituées à l'État ». Selon Me Karsenti, les archives léguées « représentent un intérêt public », d'autant plus « à la lumière d'archives secrètes dont M. Georges Buisson a pris fortuitement possession ». Ce dernier, à qui son père avait préparé un disque dur contenant des documents familiaux, y a découvert « des milliers de fichiers qui auraient dû être supprimés » mais qui « figuraient encore dans la corbeille numérique ». Parmi ces fichiers figurent, selon l'avocat, « les preuves des moyens mis en œuvre au fil des ans par le défunt pour écarter son fils de sa succession et pour le faire chanter au cas où ce dernier viendrait à contester les dispositions prises ».
Pressions et plaintes
Georges Buisson a « été victime de pressions pour qu'il consente à l'exécution du testament et renonce à toute action judiciaire », affirme Me Karsenti. Une plainte a été déposée le 20 novembre 2025 pour escroquerie et faux en écriture publique, en raison d'inventaires des biens et objets de Patrick Buisson réalisés, selon son fils, de manière incomplète. Ces inventaires intégraient aussi des biens visés dans l'affaire dite des « sondages de l'Élysée », qui a valu à l'ancien conseiller politique une condamnation en 2022 pour abus de biens sociaux. L'autre plainte, simple, a été déposée le 9 avril pour chantage, car il aurait été proposé à Georges Buisson une indemnité pour qu'il accepte l'exécution du testament. Contacté par l'AFP, l'avocat de la Fraternité Saint-Vincent-Ferrier s'est refusé à tout commentaire. Selon Me Karsenti, la succession telle qu'organisée a pour objectif de ne conserver de Patrick Buisson « que l'image qu'il souhaitait léguer et empêcher la divulgation de nombreux faits liés à son activité de conseiller politique et pouvant revêtir des qualifications pénales ».



