Harkis de Bias : Charles Tamazount dénonce une réparation toujours insuffisante après la CEDH
Harkis de Bias : réparation insuffisante après la CEDH

Harkis de Bias : une conférence pour dénoncer les limites de la réparation

Le samedi 14 février, Charles Tamazount, juriste et fondateur du Comité Harkis et vérité, est l'invité de l'association Mémoire harkis du camp de Bias. Il animera une conférence à 14 heures dans la salle Yves-Mourgues, abordant la question cruciale du droit à réparation pour les familles de harkis. Cette intervention fait suite à la condamnation historique de la France par la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) en 2024, une décision dont Tamazount est à l'origine.

Une victoire juridique, mais des réparations jugées insuffisantes

La décision de la CEDH du 4 avril 2024 a constitué une jurisprudence majeure, obligeant le gouvernement français à revoir le droit à réparation pour le drame des harkis, initialement qualifié de « modique ». En réponse, un décret du 20 mars 2025 a établi un nouveau barème, fixant l'indemnisation à 4 000 euros par année de vie indigne au camp de Bias entre 1963 et 1975.

Charles Tamazount salue cette évolution, mais la critique vivement. Il estime que la France « joue petit bras » et n'est pas allée jusqu'au bout de la réparation légitime attendue par les familles. « Après avoir demandé pardon aux harkis, encore un effort Monsieur le Président ! », lance-t-il. Il souligne un point particulièrement sensible : l'État reconnaît aujourd'hui avoir spolié illégalement les prestations sociales des familles de harkis pour financer le fonctionnement du camp de Bias, un préjudice qui n'est toujours pas réparé.

« Ce que l'État a volé aux familles de harkis, à leur insu, doit être restitué aujourd'hui aux enfants », insiste Tamazount. C'est précisément ce combat que mènent aujourd'hui le Comité harkis et vérité et l'Association mémoire harkis du camp de Bias.

Réponse aux critiques et stratégie juridique

Face aux reproches de certains qui l'accusent d'avoir « joué perso », Charles Tamazount apporte une réponse claire. Il explique que le droit français ne permet pas d'actions collectives efficaces, similaires aux « class actions » anglo-saxonnes. Contraint par ce cadre juridique, il a engagé une procédure de 14 ans jusqu'à la CEDH avec des requérants fiables et déterminés, dont les parcours de vie correspondaient parfaitement à la stratégie judiciaire élaborée avec des avocats.

Il réfute catégoriquement les accusations d'individualisme : « la preuve, toutes les victimes du drame des harkis peuvent être indemnisées grâce au Comité harkis et vérité ». Selon lui, sans cette action victorieuse, il n'y aurait tout simplement pas de droit à réparation aujourd'hui.

Un contentieux de masse en cours et les attentes pour l'avenir

La conférence de samedi à Bias s'inscrit dans un contexte de contentieux de masse. Plus de 600 recours sont actuellement devant les tribunaux, contestant les décisions de la Commission nationale indépendante de réparation du drame des harkis (Cnih). Ces recours dénoncent une réparation qui reste « modique » au regard de l'étendue des préjudices mis en lumière par la CEDH.

Deux ans après l'arrêt du 4 avril 2024, Charles Tamazount entend éclairer les victimes sur les acquis de la jurisprudence européenne. Il abordera également les améliorations du droit à réparation qu'elles sont en droit d'attendre du pouvoir politique français. « Nous n'avons jamais demandé à être “enfants de harki”. C'est l'État qui nous a injustement imposé cette destinée. Il lui appartient maintenant de la réparer intégralement, et non partiellement », conclut-il, appelant à une réparation complète et juste.