Grève des avocats en Lozère : une mobilisation contre la "justice du jetable"
Le barreau de Lozère a décidé, ce mardi 14 avril 2026, de reconduire son mouvement de grève contre la loi SURE (Sanction utile, rapide et effective). Réunis en assemblée générale, les avocats lozériens ont voté la poursuite de leur action jusqu'au mardi 21 avril 2026 à 9h30, exprimant leur opposition ferme à une réforme qu'ils jugent néfaste pour la qualité de la justice.
La loi SURE : une accélération des procédures critiquée
La loi SURE, portée par le ministre de la Justice Gérald Darmanin, vise à étendre le dispositif de plaider coupable, existant en correctionnel depuis une vingtaine d'années, aux procès d'assises. L'objectif affiché est de désengorger les tribunaux en créant des audiences plus rapides. La bâtonnière du barreau de Lozère détaille les mécanismes de cette réforme.
Première phase : une négociation se déroule entre le procureur, l'accusé et son avocat, sur la base d'une reconnaissance de culpabilité. Cette étape se fait à huis clos, sans publicité, témoins, experts, ni participation des victimes.
Deuxième phase : l'audience d'homologation, bien que publique, est considérablement simplifiée par rapport à un procès d'assises traditionnel. Elle se déroule rapidement, sans jury populaire, et est validée par des magistrats professionnels.
Les inquiétudes majeures des avocats
Les avocats lozériens expriment de vives préoccupations quant aux conséquences de cette réforme. "On réduit au maximum le dossier. On perd la richesse des débats, la confrontation, le temps d'expliquer", souligne la bâtonnière. Pour les victimes, la dimension thérapeutique du procès risque de disparaître, entravant leur reconstruction.
Le barreau dénonce une "justice du jetable", où la priorité serait donnée aux statistiques et à la rapidité au détriment de la qualité. "Aujourd'hui déjà, en correctionnel, beaucoup de personnes jugées en Comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC) ne savent même pas comment elles ont été jugées. Elles ne comprennent pas ce qui s'est passé", ajoute-t-elle.
Solidarité nationale malgré une situation locale spécifique
La Lozère, département le moins criminogène de France, n'est pas directement concernée par les stocks de dossiers en attente. "Ici, on peut encore juger en prenant le temps et faire les choses correctement", précise la bâtonnière. Cependant, le barreau s'associe au mouvement national par solidarité avec les départements où des dossiers sont bloqués depuis six à dix ans, et pour défendre des principes fondamentaux comme le jury populaire, institué depuis 1789.
Modalités et risques de la grève
Le vote de reconduction n'a pas été unanime, certains avocats ne pratiquant pas le droit pénal ou débattant des modalités d'action. La grève est toutefois totale :
- Aucun avocat ne sera désigné pour une CRPC correctionnelle prévue jeudi matin.
- Les avocats n'interviendront pas pour les échecs de CRPC programmés l'après-midi.
- Une audience du tribunal pour enfants, prévue lundi, est sous surveillance, en attente des réactions du Conseil national des barreaux et de la Conférence des bâtonniers.
Le risque majeur identifié est celui d'audiences sans défense, le parquet pouvant décider de juger sans avocat en s'appuyant sur la jurisprudence de la Cour de cassation. "C'est aussi pour cela qu'on ne souhaite pas que le mouvement dure trop longtemps", conclut la bâtonnière, tout en restant peu optimiste quant au vote prévu mercredi au Sénat.



