Les avocats de Bordeaux en grève totale contre la réforme pénale de Darmanin
Grève des avocats contre la réforme Darmanin à Bordeaux

Mobilisation massive des avocats bordelais contre la réforme Darmanin

Jeudi 2 avril, une foule impressionnante s'est rassemblée devant la cour d'appel de Bordeaux, où les avocats, vêtus de leurs robes noires, ont entamé un mouvement de contestation d'une ampleur rare. Bien que l'ensemble du barreau, qui compte 2 300 professionnels, ne soit pas présent, la mobilisation a été forte et déterminée. Les avocats ont répondu à l'appel à une grève totale, adopté la veille en assemblée générale, pour s'opposer au projet Darmanin, une réforme pénale controversée.

Une réforme jugée dangereuse pour les libertés fondamentales

Cette réforme vise à instaurer le plaider-coupable, déjà applicable pour les délits, aux crimes. En clair, si un criminel reconnaît les faits, il pourrait être jugé sans procès, une perspective qualifiée d'impensable par une majorité de la profession. Me Stéphane Guitard, le bâtonnier, a lu la motion adoptée, soulignant que les juridictions criminelles constituent le dernier bastion protecteur des libertés fondamentales. Si on enlève l'humanité de ce dernier bastion, c'est toute la justice pénale qui s'écroule, a-t-il déclaré, mettant en garde contre une atteinte aux acquis démocratiques.

Solidarité intergénérationnelle et défense des justiciables

Sur les marches de la cour d'appel, un avocat expérimenté a confié que cette mobilisation est intergénérationnelle et témoigne d'une vraie solidarité entre avocats, quelle que soit leur spécialité. Dans les rangs, Me Ahmad Serhan a pointé du doigt le danger de cette réforme pour la démocratie et l'État de droit. Me Christelle Compain a tenu à préciser que la grève ne se fait pas pour les avocats eux-mêmes, mais pour les justiciables, rappelant que des mouvements comme Me Too ont donné la parole aux victimes, tandis que cette réforme risquerait de la leur retirer.

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Grève prévue jusqu'au 13 avril et renvoi des audiences

Le mouvement de grève est prévu jusqu'au 13 avril, date à laquelle le projet de loi doit être examiné au Sénat. Les avocats ont scandé Retrait, retrait en chœur, affichant une ligne dure. Contrairement à d'autres régions qui optent pour une simple grève du zèle, le barreau bordelais a décidé de ne pas siéger, provoquant le renvoi des audiences pénales, civiles, prud'homales, commerciales et administratives. Me Ondine Paris a expliqué que, malgré le déchirement que cela représente, les clients comprennent que cette mobilisation vise à défendre leurs droits et libertés.

Tentative d'audience et blocage par les forces de l'ordre

Vers 14 heures, le cortège s'est avancé vers la mairie de Bordeaux, où le Premier ministre se trouvait, dans l'espoir d'obtenir une audience. Cependant, deux rangées de CRS et de gendarmes se sont positionnées pour leur faire barrage, empêchant tout accès. Pendant ce temps, au tribunal correctionnel voisin, le bâtonnier a veillé à ce que les juges renvoient les affaires à plus tard. Me Nadjet Zaghrir a regretté que ce renvoi puisse exposer les clients à des risques de détention provisoire, soulignant les dilemmes personnels auxquels sont confrontés les avocats dans ce conflit.

Cette grève totale, marquée par une unité remarquable au sein du barreau, met en lumière les profondes inquiétudes des professionnels du droit face à une réforme qui, selon eux, menace les fondements mêmes de la justice en France. Les prochains jours seront cruciaux alors que le débat parlementaire approche et que la pression sur le gouvernement s'intensifie.

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