Le silence stratégique de Ghislaine Maxwell face à la commission parlementaire
Elle n'a pas prononcé un mot. Le 9 février, lors de son audition par la commission de contrôle de la Chambre des représentants américaine, Ghislaine Maxwell a une nouvelle fois invoqué le cinquième amendement de la Constitution, ce droit fondamental de garder le silence. Depuis sa cellule texane où elle purge une peine de vingt ans de prison, l'ex-compagne de Jeffrey Epstein a laissé son avocat, David Oscar Markus, dévoiler une proposition pour le moins surprenante.
Un chantage déconcertant à la vérité
« Si cette commission et le public américain souhaitent véritablement connaître la vérité, sans détour, sur ce qu'il s'est passé, une solution simple existe », a déclaré l'avocat. « Mme Maxwell est prête à parler pleinement et honnêtement si le président Trump lui accorde sa grâce. Elle seule peut fournir un récit complet. Certains n'aimeront peut-être pas ce qu'ils entendront, mais la vérité compte. Par exemple, le président Trump et le président Clinton sont tous deux innocents. Mme Maxwell est la seule à pouvoir l'expliquer… »
Sept années après la mort mystérieuse de Jeffrey Epstein en prison, Ghislaine Maxwell, aujourd'hui âgée de 64 ans, joue une partie risquée. Alors que les documents liés au réseau pédocriminel ont été déclassifiés fin décembre, provoquant un séisme dans les élites mondiales, tous les regards convergent vers cette femme qui détient des secrets explosifs.
La gardienne des secrets d'Epstein
Ghislaine Maxwell a longtemps contrôlé l'agenda, les déplacements et les propriétés de Jeffrey Epstein. Elle était en contact avec des personnalités de premier plan : Melania Trump, Bill Clinton, l'ancien Premier ministre israélien Ehoud Barak, l'avocat Alan Dershowitz, le magnat de Wall Street Leon Black ou encore Jes Staley, dirigeant de JP Morgan. Elle représente aujourd'hui l'unique témoin capable de distinguer les fausses allégations des véritables complicités, et d'identifier ceux qui ont bénéficié du réseau de trafic sexuel ou avaient connaissance des activités criminelles.
Lors de l'audition, l'élu démocrate Ro Khanna s'est montré exaspéré : « Qui a violé ces filles mineures ? Qui sont les autres coconspirateurs ? Y a-t-il eu des conversations concernant un deal avec Donald Trump ? Elle se cache derrière la couverture du cinquième amendement, mais mes questions ne l'incriminaient pas directement. »
Les rencontres secrètes avec l'ancien avocat de Trump
En juillet 2025, Todd Blanche, ancien avocat de Donald Trump et numéro deux du département de la Justice, a rencontré Ghislaine Maxwell dans sa prison de Floride. L'objectif : tenter d'éteindre l'incendie médiatique lié à l'affaire Epstein. Dans la retranscription de leurs entretiens publiée en août dernier, Maxwell affirme ne pas croire au suicide de Jeffrey Epstein, sans toutefois spéculer sur les responsables de sa mort. Peu après ces discussions, elle a été transférée dans une prison texane au régime de sécurité moins strict.
La Maison-Blanche soupçonne déjà Ghislaine Maxwell d'être à l'origine de la publication, dans le Wall Street Journal, du dessin de femme nue adressé par Trump à Epstein. « Ils voient ça comme un avertissement », expliquait l'été dernier le journaliste Michael Wolff. « Ghislaine sait des choses sur Epstein et très possiblement sur la relation d'Epstein avec Trump, et c'est effrayant pour le camp de Trump. »
De l'empire médiatique au réseau criminel
L'héritage tumultueux de Robert Maxwell
Ghislaine Maxwell est la fille préférée de Robert Maxwell, magnat des médias décédé dans des circonstances mystérieuses en 1991. Né Jan Ludvik Benyamin Hoch en Tchécoslovaquie, ce survivant de la Shoah avait bâti un empire médiatique considérable avant que des dettes colossales et des malversations financières ne provoquent son effondrement. À 30 ans, Ghislaine a dû réinventer sa vie avec seulement 80 000 livres sterling mis à l'abri par son père au Liechtenstein.
La rencontre fatidique avec Jeffrey Epstein
La rencontre entre Ghislaine Maxwell et Jeffrey Epstein reste entourée de mystère. Si Maxwell affirme l'avoir croisé au début des années 1990 à New York, son ancien associé Steven Hoffenberg évoque une introduction par Robert Maxwell lui-même dès 1988 à Londres. « Jeffrey et Robert Maxwell faisaient des affaires ensemble, notamment au Moyen-Orient avec des trafiquants d'armes, et ils étaient très amis », a-t-il confié.
Leur relation s'est rapidement transformée en un pacte faustien : Epstein offrait à Maxwell le train de vie fastueux qu'elle avait perdu, tandis qu'elle lui ouvrait les portes de l'élite internationale. Diplômée d'Oxford et dotée d'un carnet d'adresses exceptionnel, elle fréquentait le prince Andrew, la future princesse Masako du Japon, et de nombreuses personnalités politiques et culturelles.
L'engrenage criminel
Ghislaine Maxwell est rapidement devenue l'actrice indispensable du système prédateur de Jeffrey Epstein. De 1994 à 2004, elle a recruté, formé et livré des jeunes filles mineures à son amant, participant elle-même aux abus. Malgré leur séparation vers 2006-2009, Epstein lui a versé 30 millions de dollars étalés sur quinze ans et lui a offert une maison.
Après les premiers ennuis judiciaires d'Epstein en 2005, Maxwell a tenté de se refaire une réputation en lançant une ONG pour la sauvegarde des fonds marins, donnant même des conférences aux Nations unies. Mais en 2011, les révélations de Virginia Giuffre ont tout fait basculer, décrivant Maxwell comme une véritable mère maquerelle au cœur d'un vaste réseau de trafic sexuel.
Le procès et la condamnation
Des témoignages accablants
Lors de son procès en novembre 2021, quatre femmes ont témoigné contre Ghislaine Maxwell. « Jane » a affirmé avoir été forcée à des relations sexuelles avec Epstein à 14 ans, avec la participation de Maxwell. « Carolyn » s'est souvenue d'attouchements de Maxwell elle-même alors qu'elle n'avait que 14 ans. Annie Farmer a relaté son séjour à 16 ans dans le ranch du Nouveau-Mexique d'Epstein, où elle assure avoir été abusée par le couple.
Maria Farmer, sœur d'Annie et ancienne réceptionniste d'Epstein, a décrit les méthodes de recrutement de Maxwell : « Elle montait dans la voiture, direction Central Park, et demandait au chauffeur de s'arrêter dès qu'elle voyait un profil à son goût. Elle demandait à la fillette son numéro de téléphone en lui faisant miroiter une carrière de mannequin. »
Vingt ans de prison et un silence obstiné
Le 29 décembre 2021, Ghislaine Maxwell a été reconnue coupable de cinq chefs d'accusation et condamnée à vingt ans de prison. Étonnamment impassible lors du verdict, elle n'a montré aucune émotion. En octobre 2025, la Cour suprême des États-Unis a rejeté son recours, confirmant qu'elle devait purger l'intégralité de sa peine.
Aujourd'hui, alors que les dossiers Epstein continuent de faire trembler les élites mondiales, Ghislaine Maxwell joue son dernier atout : son silence. Elle ne parlera que contre une grâce présidentielle, mettant l'administration Trump devant un dilemme insoluble. La grâce semble politiquement inenvisageable, mais les secrets qu'elle détient pourraient être dévastateurs. La balle est désormais dans le camp du président, tandis que Maxwell, gardienne des derniers secrets d'Epstein, attend dans sa cellule texane.