Un père en colère interpelle le ministre de la Justice
L'émotion suscitée par la mort de la jeune Lyhanna, 11 ans, retrouvée le 4 juin dans le Gers, continue de provoquer de nombreuses réactions à travers la France. Parmi elles, celle de Georges Bilello, de Cagnes-sur-Mer, figure connue de la lutte contre la pédocriminalité. Il a publié ce dimanche 7 juin une lettre ouverte adressée au ministre de la Justice, Gérald Darmanin.
Georges Bilello s'était fait connaître après avoir lui-même traqué l'homme qui s'en était pris à sa fille sur les réseaux sociaux. Il avait fait condamner un premier auteur, prenant le relais de la justice en enquêtant et en livrant le coupable. Il intervient régulièrement dans le débat public pour dénoncer les failles de la protection de l'enfance et réclamer un renforcement des moyens consacrés à la lutte contre les violences sexuelles faites aux mineurs.
Un silence qui dure depuis janvier
Dans son message, publié quelques jours après la découverte du corps de Lyhanna, il reproche son silence au garde des Sceaux. Il affirme avoir écrit une première fois le 17 janvier, puis une seconde fois le 8 mars, sans jamais obtenir de réponse. Le papa continue de mener la traque contre les hommes qui s'en sont pris à sa fille. Car si un auteur a bien été condamné grâce à son action, d'autres courent encore.
L'affaire Lyhanna a provoqué une onde de choc nationale après les révélations concernant le principal suspect, déjà visé par plusieurs signalements et plaintes pour des faits sexuels sur mineurs avant la disparition de l'enfant. Gérald Darmanin a lui-même évoqué un « dysfonctionnement » de la chaîne judiciaire et reconnu des défaillances dans le traitement de certaines procédures antérieures visant le suspect. Une enquête administrative a été ouverte afin de déterminer les responsabilités éventuelles.
« Aujourd'hui, une enfant de 11 ans, Lyhanna, est morte. Et aujourd'hui, vous reconnaissez vous-même qu'il y a eu un grave dysfonctionnement », écrit Georges Bilello. Dans sa lettre, le père de famille élargit le débat au fonctionnement global des institutions chargées de protéger les enfants. « À quoi servent les alertes des citoyens lorsqu'elles restent sans réponse ? À quoi servent les promesses de protection lorsque les institutions censées protéger les plus vulnérables échouent ? », interroge-t-il.
« Fatigué d'entendre parler de dysfonctionnements »
Georges Bilello fait part de sa colère : « Comme beaucoup de Français, je suis fatigué d'entendre parler de dysfonctionnements après chaque drame. Fatigué d'entendre des regrets une fois qu'il est trop tard. » Selon lui, la mort de Lyhanna ne peut être réduite à un simple fait divers mais constitue le symptôme d'un système défaillant : « Ce n'est pas seulement un fait divers. C'est l'échec d'un système qui avait pour mission première de protéger. »
Sur ce sujet, la cheffe de file des députés La France insoumise (LFI), Mathilde Panot, a appelé, ce dimanche 7 juin, le ministre de la justice, Gérald Darmanin, à démissionner, en pointant sa « responsabilité politique ». Alors que l'exécutif reconnaît publiquement l'existence de failles dans le suivi du dossier et que le président de la République a lui aussi qualifié ces dysfonctionnements d'« inacceptables », le père de famille Cagnois estime que les enfants ont besoin « d'actes, pas de discours. De protection, pas d'excuses ».
Georges Bilello conclut son message avec cette phrase : « Aujourd'hui, une famille pleure son enfant. Et la seule question qui devrait tous nous hanter est celle-ci : qu'aurions-nous pu faire pour éviter ce drame ? »



