Procès d'Aix-en-Provence : Gabriel Ory nie son rôle de traître dans un double meurtre
Gabriel Ory nie être un traître dans un double meurtre à Marseille

Un accusé face à ses juges : la défense de Gabriel Ory à Aix-en-Provence

Il n'est pas un criminel à qui il « manque un bout de cerveau », et Gabriel Ory le démontre avec force lors de son interrogatoire devant la cour d'Assises d'Aix-en-Provence. Après six ans d'attente, il répond enfin aux accusations qui lui prêtent un rôle de traître dans l'exécution du narcotrafiquant Farid Tir et de Mohamed Benjaghlouli, victime collatérale de cette expédition criminelle. Les faits remontent au 30 août 2019, dans un hôtel Formule 1 situé dans la zone commerciale de Plan de campagne à Cabriès, près de Marseille.

Une amitié de longue date et un contexte de trafic

Farid Tir, surnommé « Gaby », était le « compagnon de galère » de Gabriel Ory. Selon les policiers, il était devenu un cadre de la DZ mafia. À l'époque des faits, l'accusé était en cavale, passant de planque en planque entre l'Espagne et la France, vivant principalement la nuit. Farid Tir, lui aussi en fuite, se sentait menacé par le milieu au point de s'armer en permanence et de porter un gilet par balle. Issu d'une famille très impliquée dans le trafic de stupéfiants, il venait de sortir de prison quelques mois plus tôt. L'accusation estime qu'il tentait de reprendre pied dans le business de la drogue marseillais, au péril de sa vie.

Sur les traces de Farid Tir, Gabriel Ory reste évasif : « Il m'a dit mais je ne peux pas le dire. J'ai une famille, je n'ai pas envie qu'elle se retrouve dans une situation compliquée. En tout cas, il ne m'a pas parlé des gens dans le box. » Les deux hommes, paranoïaques par nécessité, partageaient parfois une chambre d'hôtel pour la nuit. « On s'est connus en 2011, on était à l'extérieur, explique l'accusé derrière la vitre du box. En prison, on a tissé des liens. Quand je suis sorti en avril 2019, je l'ai vu plusieurs fois. »

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Les accusations et la défense de Gabriel Ory

Gabriel Ory nie catégoriquement avoir été missionné pour espionner Farid Tir, comme le prétend l'accusation. Selon le ministère public, son rôle aurait été de renseigner un groupe criminel sur les faits et gestes de Farid Tir, afin de mieux le piéger et permettre à un commando de le tuer en plein sommeil. Cependant, l'accusé, aujourd'hui âgé de 30 ans, affirme qu'à cette époque, il n'avait jamais rencontré Karim Harrat, présumé chef d'un important trafic de drogue, ni connu son surnom « Le Rent », pas plus que Walid Bara, suspecté d'être son « relais » en France.

Gabriel Ory reconnaît toutefois avoir vécu du trafic de stupéfiants, un « vice » qu'il concède face à la présidente. « Je n'ai pas de réseau, c'était à mon compte. Mais c'étaient des petites quantités, 5 kg de cannabis. Pas comme ils disent dans les journaux. » Il explique gérer les commandes de livraison et envoyer les livreurs aux clients. Modeste entrepreneur selon ses dires, il a « toujours eu de l'argent », contredisant ainsi l'accusation qui évoque une soirée de débauche en Espagne après le double homicide, où l'argent aurait coulé à flots en rétribution de sa participation au pacte criminel.

L'ombre d'un informateur controversé

L'enquête s'est largement appuyée sur les déclarations de Driss Oualane, un informateur anonyme qui a contacté la police le lendemain de l'exécution de Farid Tir pour désigner plusieurs des accusés. Driss Oualane, trafiquant notoire et ami de Farid Tir selon ses déclarations, est au cœur des débats. Gabriel Ory estime que le dossier « a été fondé sur ses affabulations et tout le reste. Si Driss Oualane n'existe pas, je n'existe pas. » Il ne digère pas que cet informateur ne soit pas lui aussi dans le box.

Me Christine D'Arrigo, l'avocate de Gabriel Ory, dénonce des « défaillances graves » dans l'enquête, qui « ne permet absolument pas de démontrer la culpabilité de [son] client ». Elle avance que Driss Oualane aurait pu avoir pour mobile de récupérer une valise pleine d'armes et d'argent appartenant à la victime, jamais retrouvée. L'avocate suggère même qu'il a été protégé en tant qu'informateur de la police, citant une autre procédure où il a fait des « révélations ».

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Les tensions et l'omerta du milieu

Gabriel Ory accuse Driss Oualane de l'avoir « sali » et de l'avoir fait passer pour un « salopard » aux yeux des parties civiles. « Je suis une personne droite. Ça, je ne le ferais pas. […] Je n'ai jamais eu de contentieux avec lui. C'est une personne frustrée. Dans la rue tout se sait. À l'époque, il tenait un point stup. Il est entré en prison, il est sorti blessé, il a eu une réputation de balance, personne ne traînait avec lui, il était au pied du mur. »

Interrogé sur pourquoi il n'a pas dénoncé Driss Oualane à la police, Gabriel Ory répond : « Les appels anonymes, je ne suis pas comme ça. Je n'ai pas la preuve formelle que Driss Oualane donne le “go”. […] Quand il y a un problème, on ne va pas à la police. On nous impose l'omerta. À 23 ans, j'ai une famille, je l'aurais explosée. » Et il ajoute, pour clore son argument : sauf s'il lui manquait « un bout de cerveau », pourquoi aurait-il laissé traîner des affaires personnelles dans la chambre de Farid Tir, comme le numéro de sa mère ou un ticket de Burger King prouvant qu'ils avaient mangé ensemble la veille ?