Procès d'un féminicide à Montauban : l'accusé tente d'expliquer l'inexplicable
Féminicide à Montauban : l'accusé face à ses contradictions

Un procès pour féminicide tente de percer le mystère de la violence

La cour d'assises du Tarn-et-Garonne s'est penchée vendredi sur les circonstances du meurtre d'Isabelle Bettencourt, tuée par son époux Sébastien le 13 mars 2023. L'accusé, un électricien chauffagiste de 41 ans, reconnaît les faits mais affirme ne pas pouvoir expliquer l'explosion de violence qui a conduit au décès de sa femme, avec laquelle il vivait encore malgré son désir de divorce.

Une reconnaissance des faits sans explication

Sébastien Bettencourt a déclaré d'emblée : « Je reconnais tout », concernant les coups de couteau, l'étranglement et le viol de son épouse. Pourtant, lors d'un long interrogatoire, il a avoué à la présidente de la cour, Marie Leclair : « Je ne peux pas m'expliquer tous les gestes qui ont été faits ce soir-là. »

L'avocate de ses cinq filles, Valérie Durand, lui a lancé : « C'est un moment de vérité, il n'y en aura pas dix. » Deux de ses filles sont présentes sur les bancs des parties civiles, témoignant du drame familial.

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La question de la jalousie au cœur des débats

L'enjeu pour les avocats des parties civiles et l'avocat général Bruno Sauvage est de déterminer si la jalousie a pu provoquer cette violence extrême. L'enquête a établi qu'Isabelle était amoureuse de l'associé de l'accusé, sans qu'aucune adultère n'ait eu lieu. Sébastien Bettencourt nie en bloc cette piste, assurant avoir questionné son épouse à ce sujet et avoir été « rassuré » par ses réponses.

Dans un rare accès d'émotion, l'accusé a confié : « Je n'ai rien de plus à perdre, j'ai déjà tout perdu, je vais finir ma vie en prison. Je ne peux pas vous dire plus que ce que j'ai déjà dit. » Son avocate, Morgane Morin, a souligné qu'il s'était rarement autant livré, précisant qu'il l'avait fait « pour les filles ».

Le témoignage déchirant de la fille aînée

L'aînée des filles, âgée de 14 ans au moment des faits, a pris la parole en début d'après-midi. C'est elle qui avait découvert le corps de sa mère dans la chambre parentale et appelé les pompiers. Elle a déclaré : « Je voulais parler pour moi, mes sœurs et ma maman. »

Accompagnée de son administratrice ad hoc, placée entre elle et son père comme pour la protéger, elle a raconté que sa petite sœur de 4 ans lui avait confié : « Elle aurait préféré que Sébastien nous tue avec maman, que ça aurait été plus facile. » La jeune fille a ajouté : « Je partage son avis. » Dans la salle, l'émotion était palpable, plusieurs personnes reniflant.

Notablement, la fille aînée appelle désormais son père « Sébastien » et celui-ci n'a pas levé les yeux vers elle pendant son témoignage.

Les hypothèses médicales écartées

Un neurologue a écarté l'hypothèse d'une crise d'épilepsie qui aurait pu expliquer pourquoi l'accusé jure n'avoir eu aucun contrôle sur ses gestes, comme « dans un jeu vidéo ». L'idée du somnambulisme, dont il a connu des épisodes à l'adolescence, a également été rejetée.

Un psychiatre qui l'a expertisé a conclu : « Ce qui s'est passé n'est pas une conséquence d'une maladie psychiatrique […] il est responsable de ses actes et accessible à une sanction. »

La possibilité d'une dissociation psychologique

Reste l'hypothèse d'une dissociation au vu de l'horreur des actes perpétrés. Sébastien Bettencourt a décrit : « Je me souviens que c'était très violent. Je pensais juste qu'il fallait que ça s'arrête. » Interrogé par la présidente sur pourquoi il avait continué malgré cette pensée, il a simplement répondu : « Oui. »

Après le meurtre, l'accusé a quitté le domicile en voiture. Les gendarmes l'ont découvert cinq heures plus tard dans le coffre de son véhicule, très calme et détaché selon leur procès-verbal.

Marie Leclair lui a fait remarquer : « Vous partez pour fuir la vue de ce que vous avez fait, mais cette vue, vous la laissez à cinq gamines de 4 à 14 ans. » L'accusé a répondu : « J'en suis pas fier, ça fait trois ans que j'essaye de comprendre. »

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La justice face à l'inexplicable

Me Fabien Arakelian, qui représente les parents et frères d'Isabelle, a estimé en marge de l'audience : « Comme souvent devant les cours d'assises, il ne faut pas attendre grand chose de l'accusé, juste attendre que la justice passe […] et reconnaisse l'extrême gravité de ces faits, l'extrême monstruosité de ces faits. »

Le procès continue alors que l'accusé, bien que reconnaissant les faits, peine à fournir des explications cohérentes sur ce qui a pu le pousser à commettre un acte d'une telle violence contre son épouse.