DZ Mafia : le patron de la police judiciaire détaille l'organisation tentaculaire du réseau
Le directeur national de la police judiciaire, Christian Sainte, a apporté des éclaircissements saisissants sur la structure et le fonctionnement de la DZ Mafia, un réseau criminel majeur spécialisé dans le trafic de drogue et originaire de Marseille. Lors d'une interview accordée à RTL ce jeudi, le haut fonctionnaire a chiffré avec précision l'encadrement de cette organisation, tout en décrivant son mode opératoire et son implantation géographique étendue.
Une hiérarchie claire et un renouvellement permanent
Christian Sainte a estimé que la DZ Mafia était dirigée par six à huit individus occupant des postes de commandement. « Certains sont actuellement incarcérés, tandis que d'autres bénéficient encore de leur liberté, parfois même à l'étranger. Nous les connaissons parfaitement, nous les avons formellement identifiés », a-t-il affirmé. Cependant, la particularité de ce réseau réside dans sa capacité à régénérer ses effectifs. « Il existe un renouvellement générationnel permanent. En l'espace de deux années, nous avons procédé à plus de 900 interpellations et obtenu 550 incarcérations. Ces chiffres illustrent parfaitement l'ampleur du phénomène », a souligné le patron de la PJ.
Il a ensuite expliqué le mécanisme de recrutement : « Un phénomène de recrutement continu permet de réapprovisionner, si l'on peut dire, ces organisations criminelles en soldats. On distingue clairement d'un côté les têtes pensantes et de l'autre les exécutants ». Ces « soldats », évalués à plusieurs centaines, opèrent sur la base de missions ponctuelles. Ils sont mobilisés via les réseaux sociaux ou par le biais de boucles criminelles qui recrutent à la tâche des individus chargés de mettre en œuvre des instructions précises.
Des missions variées et une rémunération modeste
Le spectre des activités confiées à ces exécutants est large et s'adapte aux besoins du moment. Christian Sainte a détaillé : « Les missions peuvent aller de la commandite d'un meurtre à des tâches plus spécifiques comme le vol d'un véhicule, des actes de violence par arme à feu, de la surveillance ou encore la destruction par incendie d'un véhicule ayant servi à une opération ». Concernant la rémunération de ces petites mains, elle reste variable mais généralement peu élevée. « Cela peut représenter 2 000 euros pour un règlement de comptes, ou monter jusqu'à 5 000 euros, tout dépend de la commande », a-t-il précisé.
Une implantation nationale et des enjeux financiers colossaux
Sur le plan géographique, les investigations de la police ont permis de localiser les activités de la DZ Mafia dans plus d'une dizaine de départements, notamment grâce à leur présence sur des points de deal ou à leur implication avérée dans l'exécution de contrats criminels. L'aspect financier de ce narcotrafic est tout aussi impressionnant. Christian Sainte a indiqué que l'année dernière, 2 milliards d'euros d'avoirs criminels avaient été confisqués. Il a toutefois tenu à relativiser ce chiffre en rappelant que le chiffre d'affaires réel généré par ce trafic se situe entre 7 et 10 milliards d'euros.
« Ces sommes considérables permettent de corrompre un nombre significatif de personnes, que ce soit au sein de l'administration publique ou dans le secteur privé », a-t-il conclu, mettant en lumière l'impact corrupteur de ces flux d'argent illicite sur la société.



