Justice administrative autorise in extremis le Congrès musulman du Bourget
Congrès musulman du Bourget autorisé in extremis par la justice

La justice administrative lève l'interdiction du Congrès musulman du Bourget

Dans un rebondissement judiciaire in extremis, le tribunal administratif de Paris a autorisé ce vendredi 3 avril 2026 la tenue du Congrès du Bourget, la rencontre annuelle des musulmans de France. Cette décision intervient moins de deux heures avant l'ouverture prévue de l'événement, alors que la préfecture de police de Paris l'avait interdit la veille.

Une décision fondée sur l'absence de risques établis

Le tribunal a suspendu l'interdiction décrétée par le préfet de police, rappelant dans son communiqué que « l'exercice de la liberté d'expression est une condition de la démocratie ». Les juges ont estimé que les éléments du dossier « ne permettaient d'établir un risque de contre-rassemblements » ni que l'événement serait « spécifiquement ciblé par des organisations appartenant à la mouvance ultra-droite ».

Le tribunal a également rejeté l'argument selon lequel le contexte nécessitait « une mobilisation exceptionnelle de moyens de police » justifiant une interdiction, notant que les organisateurs avaient mis en œuvre des mesures de sécurisation supplémentaires.

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Une interdiction initiale justifiée par des risques sécuritaires

La préfecture de police avait interdit l'organisation du congrès jeudi, invoquant un « contexte international et national particulièrement tendu ». Elle estimait que le salon était exposé à un « important risque terroriste à l'égard de la communauté musulmane » et à une possible mobilisation de groupuscules d'ultra-droite.

Le représentant de la préfecture avait précisé que cette interdiction visait uniquement à « prévenir les troubles à l'ordre public » et qu'un tel événement nécessiterait 200 effectifs de CRS. Il avait ajouté que les forces de police seraient déjà mobilisées par un rassemblement en soutien au nouveau maire de Saint-Denis.

Des réactions politiques contrastées

L'interdiction initiale avait provoqué des réactions à gauche, avec le Premier secrétaire du PS Olivier Faure dénonçant un « deux poids deux mesures » et la députée LFI Mathilde Panot qualifiant la décision de « scandale ». Le représentant de la préfecture avait cependant affirmé qu'il ne s'agissait pas d'un arrêté « anti-musulmans, anti-islam ».

L'avocat de Musulmans de France, Sefen Guez Guez, a salué la décision du tribunal comme « une victoire pour l'Etat de droit et la justice » et « une décision d'apaisement ». Il a estimé que l'interdiction initiale s'inscrivait dans un projet politique, lié à l'annonce d'un nouveau projet de loi de lutte contre le séparatisme.

Un événement marquant le retour après six ans d'absence

Le Congrès du Bourget, organisé par Musulmans de France, pourra donc se tenir comme prévu du 3 au 6 avril au parc des expositions du Bourget. Cette 40ᵉ édition marque le grand retour de l'événement après six années d'absence, principalement dues à la pandémie de Covid et aux difficultés rencontrées par les organisateurs.

L'événement devrait rassembler :

  • Auteurs et intellectuels
  • Imams et religieux
  • Philosophes et historiens
  • Universitaires et conférenciers
  • Entrepreneurs et professionnels

Selon les organisateurs, le congrès avait attiré jusqu'à 170 000 personnes lors de son édition 2013, avant de voir sa fréquentation décliner. Pour cette édition, la préfecture avait indiqué 1 700 réservations et environ 4 000 personnes supplémentaires attendues par jour.

Un contexte sociétal particulier

Le congrès se tient dans un contexte où la communauté musulmane française, forte de cinq à six millions de personnes, exprime des inquiétudes croissantes. Les actes anti-musulmans ont bondi de 88 % en 2025, selon les dernières statistiques disponibles.

L'événement intervient également quelques semaines après la publication d'un rapport controversé sur l'islamisme politique, dans lequel Musulmans de France est présenté comme « la branche nationale » des Frères musulmans en France, une qualification que l'organisation conteste régulièrement.

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Le représentant de la préfecture avait indiqué que, en cas de suspension par le tribunal administratif, la préfecture porterait le dossier devant le Conseil d'État, ouvrant la possibilité à de nouveaux développements juridiques.