Le tribunal correctionnel de Paris a condamné, ce mardi 2 juin 2026, le rappeur Booba à trois mois de prison avec sursis et 50 000 euros d’amende globale. Le musicien est reconnu coupable de cyberharcèlement et d’injures raciales envers la journaliste Linh-Lan Dao et le chroniqueur Tristan Mendès-France. La défense a annoncé faire appel.
Des attaques sexistes et racistes
La journaliste Linh-Lan Dao avait porté plainte en avril 2024 contre le chanteur, qui réside aux États-Unis, pour l’avoir “jetée en pâture” à la “meute” numérique de ses plus de 6 millions d’abonnés sur le réseau X. Cette affaire fait suite à un article de fact-checking scientifique dénonçant la “dérive complotiste” de l’artiste après qu’il a évoqué un lien entre les vaccins contre le Covid et la maladie de Creutzfeldt-Jakob.
Dans les heures suivant la publication de son article, Booba, monument du rap français depuis les années 1990, avait notamment proposé sur le réseau social à la journaliste “un strip-poker sans cartes” autour “d’un bon wok de légumes”. Le tribunal a estimé que “la dimension sexiste du discours et celle essentialisante, à raison de ses origines asiatiques, destinées à renvoyer la journaliste Linh-Lan Dao à sa seule qualité de femme asiatique, lui confèrent à l’évidence un caractère malveillant”.
Pour les juges, les messages sur X de Booba, de son vrai nom Elie Yaffa, “visaient à s’en prendre, par des attaques gratuites, à une journaliste dans le cadre de sa profession, au seul motif que ses investigations parvenaient à une conclusion différente de la sienne, pour la faire taire”.
Une responsabilité de leader
Le tribunal a condamné le rappeur, qui ne s’était pas présenté au procès le 1er avril, à verser 4 000 euros de dommages-intérêts à la partie civile. “Le tribunal a reconnu qu’Élie Yaffa ‘Booba’ ne pouvait pas ignorer qu’une meute allait être enclenchée à la suite de ses messages, c’est-à-dire qu’il a reconnu en quelque sorte sa responsabilité en tant que leader avec une communauté”, s’est félicité Me Ilana Soskin, avocate de la journaliste.
“Je me sens extrêmement soulagée et satisfaite du jugement”, a réagi Linh-Lan Dao, “j’espère que je vais pouvoir tourner la page”.
Une seconde condamnation
Dans un autre dossier également jugé mardi, Booba a été condamné à 20 000 euros d’amende pour injure raciale envers le chroniqueur Tristan Mendès-France. Ce dernier avait dénoncé sur X le cyberharcèlement de Linh-Lan Dao. Les messages faisaient allusion à son nez, “reprise du stéréotype antisémite le plus éculé” selon le tribunal. L’avocate de Booba, Me Marie Roumiantseva, a indiqué faire appel des deux condamnations.



