Un verdict controversé à Bayonne
Le tribunal judiciaire de Bayonne a rendu un verdict qui suscite l'incompréhension : un homme de 54 ans a été relaxé lundi 20 avril, alors qu'il était jugé pour des violences conjugales sur sa femme et des violences physiques et psychologiques sur ses deux enfants mineurs. Le parquet avait pourtant requis 18 mois de prison avec sursis probatoire pendant deux ans, accompagnés de mesures strictes de protection pour les victimes.
Six années d'accusations
Les faits reprochés s'étalaient sur une période de six ans, de janvier 2020 à janvier 2026, au domicile familial situé à Urrugne, dans le Pays basque. La femme, qui avait initialement déposé plainte pour viols, a décrit avoir vécu « un enfer » durant ces années. Ses deux enfants, nés en 2009 et 2011, ont également témoigné des violences subies, commençant alors qu'ils avaient moins de 15 ans.
Selon les éléments du dossier, l'homme exerçait un contrôle total sur le foyer, où le « silence » devait régner. Il interdisait à son épouse tout contact avec des hommes, y compris dans le cadre professionnel, et lui interdisait également d'aller danser. Les insultes étaient quotidiennes, la traitant régulièrement de « salop* », de « prostituée » ou « d'alcoolique ».
Des conséquences psychologiques profondes
Ces violences verbales répétées ont eu des conséquences graves sur la santé mentale de la victime, qui souffre désormais d'hypervigilance et d'un début d'alcoolisme. Paradoxalement, elle conservait une certaine estime pour son mari, lui reconnaissant de lui avoir « permis de devenir mère ».
Les enfants ont confirmé aux gendarmes les violences physiques et psychologiques infligées à leur mère, ainsi que celles qu'ils subissaient personnellement. Ils ont évoqué des gifles et des fessées régulières. La fille a particulièrement souffert, se faisant traiter de « put* » et de « grosse », développant depuis des troubles alimentaires et du sommeil.
Un médecin a prescrit des jours d'incapacité totale de travail (ITT) pour toute la famille : 10 jours pour la mère, cinq jours pour la fille et deux jours pour le fils, témoignant de l'impact des violences psychologiques subies.
La défense catégorique de l'accusé
À la barre, l'homme originaire de Côte d'Ivoire est resté inflexible, niant catégoriquement tous les faits qui lui étaient reprochés. « Jamais je ne frapperais mes enfants. Je connais les conséquences, j'ai travaillé à Unicef », a-t-il déclaré, affirmant considérer son fils comme « la prunelle de ses yeux ».
Il n'a reconnu que de simples « chamailleries de couple », argumentant que « si je l'avais violentée, cela se serait su dans un petit village comme Urrugne ».
L'argumentaire de la défense
Son avocat, Me Nouhou Diallo, a plaidé la relaxe en soutenant qu'« il n'y avait aucune preuve de violences physiques, aucune trace ». Selon lui, l'accusation s'était « rabattue sur les violences psychologiques, en se basant simplement sur des expertises », mais cela ne constituait pas « une preuve suffisante pour caractériser des violences ».
Il a rappelé aux juges que « le doute doit toujours guider nos pas dans les juridictions », un principe qui semble avoir pesé dans la décision finale.
La déception de la partie civile
L'avocate de la partie civile a exprimé sa profonde déception, regrettant que le prévenu n'ait reconnu « aucune erreur ». « La famille sera déçue », a-t-elle déclaré, anticipant l'impact psychologique de ce verdict sur des victimes qui « avaient peur de lui » selon les termes du parquet.
Le tribunal a finalement décidé de relaxer l'homme, estimant qu'il n'existait pas suffisamment d'éléments pour caractériser les violences alléguées. Sous contrôle judiciaire depuis janvier, il est reparti libre du tribunal, échappant aux lourdes sanctions requises par le ministère public.
Le parquet avait pourtant demandé des mesures de protection substantielles : interdiction d'entrer en contact avec les victimes, interdiction de paraître à Urrugne, obligation de soin et retrait de l'autorité parentale. Ces demandes restent sans suite suite à la relaxe prononcée par le tribunal.



