Béziers : les avocats mobilisés contre la loi Sure lors d'une journée 'justice morte'
Avocats de Béziers en grève contre la loi Sure

Une mobilisation nationale contre la réforme de la justice criminelle

En cette journée symbolique du 13 avril 2026, qualifiée de "justice morte", les avocats du barreau de Béziers se sont rassemblés en nombre sur les marches du palais de justice. Cette action s'inscrit dans un mouvement national de protestation contre le projet de loi Sure, porté par le ministre de la Justice Gérald Darmanin et actuellement examiné au Sénat. Les professionnels du droit dénoncent avec véhémence une réforme qu'ils estiment préjudiciable aux libertés fondamentales et aux droits des victimes.

Un rassemblement pour faire entendre la voix de la défense

Une cinquantaine de robes noires ont convergé devant le palais de justice de Béziers entre midi et deux heures, brandissant des slogans percutants tels que "Darmanin, la défense en moins" ou "Justice expédiée, justice sacrifiée". Me Sylvie Bar, bâtonnier du barreau de Béziers, a pris la parole sous les applaudissements pour souligner le soutien grandissant à leur mouvement. "Nous ne sommes plus seuls puisque des présidents de cours d'assises ont officiellement pris la parole pour indiquer qu'ils soutenaient notre grève", a-t-elle déclaré, faisant notamment référence à un président de la cour d'assises de Montpellier.

Cette journée de "justice morte" a été marquée par l'absence totale de plaidoiries de la part des avocats, qui se sont contentés de demander le renvoi des dossiers. Me Bernadette Llados-Hérail, ancien bâtonnier, a justifié cette action lors d'une audience de comparution immédiate : "On vient perturber les audiences avec notre grève mais c'est le seul moyen pour nous faire entendre, notamment auprès de la Chancellerie".

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Les inquiétudes autour de la procédure de plaider-coupable

Au cœur des préoccupations des avocats se trouve la création d'une procédure de plaider-coupable en justice criminelle, inspirée de ce qui existe déjà pour les délits. Me Murielle Moliné, coprésidente de la Fondation des avocats de l'enfant du barreau de Béziers, a exprimé ses craintes quant aux conséquences pour les victimes. "Finalement, la victime ne va disposer que d'un délai de dix jours pour accepter cette procédure de plaider-coupable pour l'auteur des faits", explique-t-elle. "Alors qu'elle est en pleine reconstruction, ça va être l'affolement général parce que peut-être qu'elle va culpabiliser de ne pas accepter cette procédure. On prive la victime de cet espace qui lui appartient lors d'un procès d'assises."

L'autre coprésidente de la FAE biterroise a abondé dans ce sens, rappelant l'importance du procès dans le processus de réparation des victimes. Elle a cité le témoignage de Gisèle Pélicot, qui a elle-même insisté sur la nécessité que les victimes soient entendues et écoutées pour pouvoir se reconstruire.

Les suites du mouvement et perspectives futures

Après cette journée de mobilisation, les avocats de Béziers ont repris leurs plaidoiries dès le mardi 14 avril. Cependant, une assemblée générale était prévue en fin de journée pour décider de la suite à donner au mouvement de grève. Cette réunion devait permettre de déterminer si les actions de protestation allaient se poursuivre ou s'intensifier dans les jours à venir.

Le soutien croissant de magistrats et de personnalités comme Gisèle Pélicot donne un écho supplémentaire à la mobilisation des avocats, qui entendent bien continuer à se faire entendre jusqu'à ce que leurs préoccupations soient prises en compte par les législateurs.

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