Yannick Alléno lance une action de groupe contre les fabricants de protoxyde d'azote
Alléno attaque les fabricants de protoxyde d'azote en justice

Yannick Alléno déclare la guerre aux fabricants de protoxyde d'azote

À la manière d'un démineur en zone de guerre, le chef triplement étoilé Yannick Alléno examine avec une extrême méticulosité une imposante bonbonne de protoxyde d'azote posée sur la table de son restaurant Le Pavillon Ledoyen. Avec son packaging noir et jaune au design tendance, ce gros cylindre de plus de 3 litres pourrait aisément être confondu avec une boisson énergétique si sa valve caractéristique ne le trahissait.

Un produit dangereux déguisé en accessoire de fête

Ce « Black Cobra » est une bonbonne « maxxi edition » commercialisée par la marque Cream Deluxe, principal réseau de distribution de ce gaz en France, pour environ 50 euros. Il représente un exemple frappant des formats désormais accessibles au grand public d'une substance qui, détournée à des fins récréatives, révèle des propriétés psychoactives inquiétantes.

« Ces formats sont destinés par nature à un usage détourné, il ne faut pas se voiler la face », affirme avec conviction Benoît Javaux, l'avocat du chef étoilé. Le protoxyde d'azote, consommé de cette manière, provoque des effets euphorisants et relaxants qui peuvent mener à une importante désorientation temporo-spatiale et à des dissociations, avec des conséquences parfois tragiques sur la route.

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Une action juridique historique

Ce mercredi 22 avril, dans l'enceinte prestigieuse de son établissement parisien situé derrière le Petit Palais, Yannick Alléno et son avocat ont annoncé le lancement d'une action de groupe contre les sociétés IVM Firma Handlowa et Zhuzhou Xingye Chemical. Ces entreprises sont responsables de la conception, de la fabrication, du marketing et du packaging des cylindres de protoxyde d'azote de la marque Cream Deluxe.

« Il est urgent de faire en sorte qu'on prenne ce sujet au sérieux », insiste le chef, qui pointe du doigt la responsabilité directe de ces sociétés dans la hausse de la consommation de ce gaz grâce à la distribution à grande échelle de formats XXL.

Un marketing ciblant explicitement les jeunes

Yannick Alléno, qui connaît parfaitement les usages professionnels de cette substance, dénonce une tromperie manifeste : « Ces fabricants font croire au public que ce protoxyde d'azote dans ces formats-là sert à la profession pour faire de la chantilly et des cocktails. Or, je suis bien placé pour le savoir, personne dans les cuisines, ni dans les bars, n'utilise ces bonbonnes. »

L'examen du site cream-deluxe.com confirme ces accusations : les arguments de vente empruntent délibérément le vocabulaire de la fête avec des slogans comme « energize the party » ou « making memories », des noms évocateurs tels que « Lady Killer » ou « Love66 », et des visuels montrant des jeunes en pleine soirée festive.

Un combat personnel contre les violences routières

L'engagement de Yannick Alléno dans cette lutte trouve sa source dans un drame personnel. Depuis le décès de son fils Antoine en 2022, fauché mortellement par un chauffard ivre et multirécidiviste, le chef se bat à travers son association Antoine Alléno pour prévenir et agir contre les violences routières.

Après avoir participé à la création du délit d'homicide routier, l'association se lance aujourd'hui dans la lutte contre la consommation de protoxyde d'azote, responsable d'au moins 450 accidents routiers l'an dernier. Il s'agit de la première action de groupe en cessation des manquements lancée depuis la loi du 30 avril 2025.

Des chiffres alarmants et une réponse politique

Les données de Santé publique France sont sans appel : en 2022, 14% des 18-24 ans ont déjà expérimenté le « proto » et plus de 3% déclarent en avoir consommé au cours de l'année. Face à cette situation, la ministre déléguée chargée de la citoyenneté, Marie-Pierre Vedrenne, réagit avec fermeté : « Le protoxyde d'azote n'est pas un jeu, et je refuse qu'on continue à le traiter comme tel. »

Le gouvernement s'est saisi de cette problématique avec le projet de loi Ripost, qui sera examiné au Sénat le 18 mai. Parmi ses dispositions :

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  • La création d'un délit pour consommation de protoxyde d'azote, puni d'un an d'emprisonnement et de 3 750 euros d'amende
  • Un délit de vente et de transport de cette substance
  • Un délit de « conduite après usage ou consommation manifeste » puni de 3 ans d'emprisonnement et 9 000 euros d'amende

Vers une reconnaissance légale des dangers

L'association Antoine Alléno demande que la consommation de protoxyde d'azote soit reconnue comme circonstance aggravante dans le cadre d'un accident de la route mortel. « Conduire après avoir consommé du protoxyde d'azote doit être reconnu pour ce que c'est : un comportement à haut risque », affirme Marie-Pierre Vedrenne.

La ministre annonce des mesures concrètes : « Demain, elle pourra être retenue dans les cas de blessures ou d'homicides routiers, avec des peines de 45 000 euros à 150 000 euros d'amende et de 3 ans à 10 ans de prison. » La demande de Yannick Alléno et de son association devrait donc trouver une réponse législative dans les mois à venir, marquant une étape cruciale dans la lutte contre ce fléau qui menace particulièrement la jeunesse française.