À la cour d'appel de Lyon, les familles des victimes de Frédéric Péchier, ancien anesthésiste condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour l'empoisonnement de 30 patients, ont exprimé leur vive opposition à sa demande de mise en liberté, examinée ce mardi. « Subir un nouveau procès dans lequel il comparaîtrait libre, ce serait vraiment insupportable », a déclaré l'un des proches.
Une demande de libération contestée
Frédéric Péchier, 54 ans, a été condamné en première instance en décembre 2025 pour avoir délibérément empoisonné des patients lors d'opérations chirurgicales entre 2008 et 2017. Les enquêteurs le soupçonnent d'avoir manipulé des poches d'anesthésie pour provoquer des arrêts cardiaques, dans le but de démontrer ses compétences en intervenant lors des urgences. Il est accusé dans 32 affaires, dont 12 décès de patients âgés de 4 à 89 ans. Il nie toutes les accusations et a fait appel de sa condamnation.
Florimond Baugey, fils d'une victime décédée en 2015, a déclaré : « On veut bien attendre deux ans pour le procès en appel prévu en septembre 2027, on veut bien venir à Lyon, mais on ne comprendrait pas qu'il soit remis en liberté, car sa place est en prison. » En première instance, l'ancien médecin avait comparu libre sous contrôle judiciaire pendant les sept années d'instruction et les trois mois et demi de son procès. Il n'a été incarcéré qu'après sa condamnation en décembre 2025.
Les arguments de la défense
Lors de l'audience par visioconférence, Frédéric Péchier est apparu « fatigué », le visage fermé et amaigri. C'est la deuxième fois qu'il demande sa libération, après un premier rejet à Besançon en février, confirmé par la Cour de cassation en mai. Sa défense, représentée par l'avocate Emmanuelle Franck, a plaidé que l'appel ayant « anéanti le jugement de première instance », la présomption d'innocence doit primer. « Pourquoi ne reviendrait-on pas au même statut qui était le sien avant le premier procès ? » a-t-elle interrogé. Elle a rappelé qu'aucun incident n'avait émaillé les années de liberté surveillée de son client, de sa mise en examen en 2017 à sa condamnation.
La position des parties civiles et du parquet
Les avocats des parties civiles ont soutenu le maintien en détention. Me Frédéric Bernard a répondu que le taux d'acquittement après une condamnation en première instance n'est que de 5 %. Il a également rappelé que Péchier avait tenté de mettre fin à ses jours pendant l'instruction et a redouté qu'il ne soit pas présent lors de l'appel s'il était libéré. « Lors de la première instance, on a vu à quel point il était capable d'instrumentaliser les témoins et incapable de respecter les procédures judiciaires », a-t-il ajouté.
Me Frédéric Douchez, avocat d'une des cliniques, a qualifié cette affaire de « plus grande affaire médicale de la justice française », avec plus de 200 personnes présentes chaque jour pendant trois mois et demi de procès et un dossier comprenant 28 000 éléments. L'avocate générale a requis le rejet de la demande, invoquant les risques de fuite, de pressions sur les témoins et de troubles à l'ordre public. Elle a rappelé que Péchier avait « transformé les médias en outils de communication, déplacé le débat pour manipuler l'opinion publique ».
La plaidoirie de Frédéric Péchier
Dernier à s'exprimer, Frédéric Péchier a clamé son innocence et exposé ses arguments pour sa remise en liberté. Il s'est dit « extrêmement fatigué », ne pouvant travailler sur sa défense que de 2 heures à 7 heures du matin, faute de calme en prison. Il a affirmé être incapable de fuir : « Je n'ai pas les moyens physiques et c'est complètement aberrant de penser que ma famille puisse organiser une fuite. Je ne suis pas Carlos Ghosn. » Il a également indiqué que les deux heures hebdomadaires au parloir avec ses enfants étaient la « seule chose qui le maintenait ».
La colère des familles
À la sortie de l'audience, les familles des victimes ont exprimé leur colère. Florimond Baugey a déclaré : « On était là pour écouter les arguments de la défense mais aussi pour rappeler que c'est un criminel. On tient absolument qu'il reste en prison. » Il a ajouté : « Ça fait dix ans qu'on attend qu'il soit mis derrière les barreaux. Ça nous apaise qu'il soit privé de liberté. Nous, on a perdu nos proches. Il nous reste que le deuil. Et dans le deuil, il n'y a pas de liberté conditionnelle. » Il s'est dit « lassé » face à ces requêtes à répétition, pointant des « arguments fallacieux ». « C'est vraiment une affaire interminable. Et on n'attend qu'une chose, c'est de pouvoir avancer et balayer Frédéric Péchier de notre vie », a-t-il conclu.
La décision de la cour d'appel est attendue le 23 juin. Le procès en appel est prévu à partir de septembre 2027.



