Affaire Lyhanna : la justice et la gendarmerie pointées du doigt
Affaire Lyhanna : justice et gendarmerie épinglées

L'affaire Lyhanna, du nom de cette jeune fille victime de violences, a révélé de graves dysfonctionnements au sein de la justice et de la gendarmerie. Selon une enquête du Point, plusieurs signalements avaient été faits mais n'ont pas été suivis d'effets, laissant le dossier s'enliser. Le parquet de Paris a reconnu des « erreurs » dans le traitement de l'affaire, tandis que la gendarmerie nationale a annoncé l'ouverture d'une enquête interne.

Une chronologie des faits accablante

L'histoire débute en 2019, lorsque Lyhanna, alors âgée de 13 ans, dépose une première plainte pour viol. Malgré des éléments concordants, l'enquête est classée sans suite en 2020. En 2021, elle porte à nouveau plainte après une agression sexuelle. Cette fois, la gendarmerie transmet le dossier au parquet, mais aucune poursuite n'est engagée. Ce n'est qu'en 2022, après une troisième plainte pour viol, que l'affaire est enfin prise au sérieux, à la suite d'une médiatisation et de l'intervention d'une association.

Des signalements ignorés

L'enquête du Point révèle que pas moins de cinq signalements avaient été adressés aux autorités entre 2019 et 2021, dont un par le principal suspect lui-même, qui s'accusait de faits graves. Pourtant, aucun n'a déclenché d'action judiciaire. « C'est une succession de défaillances qui ont conduit à ce que Lyhanna reste en danger pendant des mois », déplore Me Sarah Dupont, avocate de la famille.

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Les excuses du parquet

Le parquet de Paris a présenté ses excuses à la famille de Lyhanna, reconnaissant que « des erreurs ont été commises dans le traitement de ce dossier ». Selon le procureur de la République, « des procédures n'ont pas été suivies, des délais n'ont pas été respectés ». Il a promis des mesures pour éviter que de tels faits se reproduisent, notamment la mise en place d'un suivi renforcé des plaintes pour violences sexuelles.

Enquête interne à la gendarmerie

De son côté, la gendarmerie nationale a annoncé l'ouverture d'une enquête administrative pour déterminer les responsabilités. « Nous devons comprendre pourquoi les signalements n'ont pas été traités avec la diligence nécessaire », a déclaré le général Jean-Marc Descours, porte-parole de la gendarmerie. L'enquête devrait aboutir dans les prochaines semaines et pourrait déboucher sur des sanctions disciplinaires.

Un système sous pression

Cette affaire met en lumière les difficultés structurelles de la justice et des forces de l'ordre face aux violences sexuelles. Selon un rapport du Sénat de 2021, seulement 20 % des plaintes pour viol aboutissent à une condamnation. « Le système est engorgé, les moyens manquent, et trop souvent, les victimes ne sont pas crues », analyse la sénatrice Laurence Cohen, autrice du rapport. Elle appelle à une réforme en profondeur de la prise en charge des victimes.

L'impact sur la famille de Lyhanna

Pour la famille de Lyhanna, ces révélations sont une douleur supplémentaire. « On nous a dit que notre fille mentait, que ce n'était pas grave. Aujourd'hui, on sait que tout cela aurait pu être évité », confie la mère de Lyhanna, sous couvert d'anonymat. La jeune fille, aujourd'hui âgée de 17 ans, suit une thérapie et tente de se reconstruire. Sa famille a annoncé son intention de porter plainte contre l'État pour négligence.

Des mesures annoncées

Face à l'émoi suscité par l'affaire, le ministre de la Justice a annoncé la création d'un pôle spécialisé dans les violences sexuelles au sein de chaque tribunal judiciaire. De plus, un numéro d'urgence unique pour les victimes de violences sexuelles sera mis en place d'ici la fin de l'année. « Nous devons restaurer la confiance des victimes dans notre système judiciaire », a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse.

Un appel à la vigilance

L'association « Stop aux violences sexuelles » salue ces annonces mais appelle à une vigilance accrue. « Il ne suffit pas de créer des structures, il faut former les professionnels et changer les mentalités », insiste sa présidente, Claire Brière. L'association rappelle que chaque année, plus de 100 000 femmes sont victimes de viol en France, et que moins de 10 % des plaintes aboutissent à une condamnation.

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