Acquittement d'Amine Oualane, présumé chef de la DZ mafia, dans un double meurtre à Marseille
Amine Oualane, désormais considéré par la police judiciaire comme l'un des chefs de la DZ mafia, a été acquitté par la Cour d'assises d'Aix-en-Provence. Ce verdict intervient dans le cadre du procès d'un double meurtre perpétré en bande organisée en août 2019, bien avant que l'organisation criminelle ne devienne hégémonique dans la cité phocéenne.
Un procès qualifié de politique par la défense
Lors de son procès, Amine Oualane avait vilipendé ce qu'il appelait « un procès politique », demandant à la cour de le juger « avec les preuves, pas sur la politique de Darmanin ». Il était le seul accusé à ne pas encourir la perpétuité, étant jugé pour association de malfaiteurs dans un rôle de « facilitateur ». Il était soupçonné d'avoir mis son compagnon de braquages, Gabriel Ory, « dans les pattes » de Farid Tir, la cible, pour gagner sa confiance et permettre au commando de tueurs de trouver le moment le plus opportun pour l'assassiner.
Son avocate, Me Inès Medioune, avait demandé l'acquittement de son client, dénonçant les faibles éléments à charge de l'accusation : « Est-ce qu'on a un échange de SMS, un appel, une vraie incarcération commune ou de vrais témoignages qui prouvent que Farid Tir et Amine Oualane étaient proches ? On n'a rien, on n'a rien et sans trembler, on vous demande 18 années de réclusion criminelle ! » Elle a également fustigé « un procès médiatique que l'on présente comme celui des chefs de la DZ mafia et l'on veut frapper fort, même si on n'a pas d'éléments ».
Cinq autres accusés condamnés à de lourdes peines
En revanche, la Cour d'assises a condamné les cinq autres hommes jugés, dont l'un en son absence, faisant l'objet d'un mandat d'arrêt. Les peines prononcées sont les suivantes :
- Une peine de 15 ans de prison
- Quatre peines de 25 ans de prison, dont l'une à l'encontre de Gabriel Ory
Gabriel Ory, lui aussi suspecté d'être devenu entre-temps un cadre de la DZ mafia, avait vu l'accusation requérir 22 ans de détention contre lui. Pour la justice, « Gaby » endosse le costume de traître, ayant donné au tueur le code de la porte de la chambre de la victime. Il s'en est défendu tout au long du procès, assurant lors de ses derniers mots à la cour : « Farid était mon ami, sachez que j'ai la conscience tranquille. » Son avocate avait pris soin de souligner qu'au moment des faits, son client avait 23 ans, « un bébé braqueur, pas un tueur ! » Et d'ajouter, au vu de l'aura actuelle que lui prêtent les limiers de la PJ : « Rassurez-vous, la justice aura le temps de le condamner. Dans cette affaire, ce n'est pas lui ! »
Un scénario criminel complexe validé par la justice
La justice entérine une grande partie du scénario dessiné par l'accusation au fil de trois semaines d'audiences chaotiques, rythmées par les incidents et suspensions jusqu'à l'excès. Les avocates générales ont d'ailleurs fustigé des stratégies d'une « défense de rupture portée à son paroxysme ».
Le verdict acte l'existence d'une organisation de cinq criminels, associés pour exécuter un narcotrafiquant rival, Farid Tir. L'homme de 29 ans, qui était sorti de prison peu de temps avant, essayait, selon l'accusation, de reprendre pied dans le trafic de la cité Font Vert. Il a été tué le 30 août 2019 alors qu'il dormait, terré - il se sentait traqué - dans un hôtel de la zone commerciale de Plan de Campagne à Cabriès, près de Marseille. Un de ses amis, Mohamed Benjaghlouli, est tombé avec lui, abattu dans la chambre d'hôtel qu'ils partageaient.
« Deux tueurs, un traître, un facilitateur [acquitté NDLR] et deux commanditaires. » C'est ainsi que l'accusation avait détaillé l'association criminelle mise en place quelques mois avant les meurtres commis en bande organisée. Dans le fil des responsabilités, la Cour d'assises estime que Karim Harrat, alors réfugié à Dubaï parce qu'il était lui-même menacé, est le commanditaire de cette mise à mort, secondé en France par Walid Bara, son « relais », accusé en fuite.
Karim Harrat a nié face aux juges avoir jamais versé dans le trafic de stupéfiants, ne sachant « même pas où c'est la Paternelle », haut lieu de deal de la cité Phocéenne. Avant que la cour parte délibérer, il a réaffirmé son innocence, concluant : « Aujourd'hui, c'est la vie de mes enfants qui est en jeu, je ne mange pas, je ne dors pas. »
Une piste alternative rejetée par la cour
La cour n'a donc pas adhéré à la version de la défense, tendant à pointer la responsabilité dans le crime d'un informateur intégré au programme des repentis, Driss Oualane alias « Tatoo », qui était lui aussi dans l'environnement proche de la victime. Une piste que la police n'aurait pas vraiment cherché à creuser, selon les avocats des accusés : « [Driss] Oualane est si éloigné des faits qu'il en dénonce les commanditaires 24 heures après ! Soit il sait en amont et il laisse faire, soit il y a participé… », a lâché Me Fabian Lahaie.
Lors de leurs réquisitions, les avocates générales avaient assuré qu'il « n'y a pas de justice d'exception » ni de procès « hors normes ». Ce verdict marque ainsi un épisode judiciaire intense dans la lutte contre le crime organisé à Marseille, où la DZ mafia continue de défrayer la chronique.



