Pour la première fois, l'une des mères plaignantes dans l'affaire des viols présumés à l'école de Vic-la-Gardiole (Hérault) a accepté de témoigner du cauchemar qu'elle endure. En juillet dernier, l'agent territorial spécialisé des écoles maternelles (Atsem) de la maternelle des Aresquiers a été accusée de viols et d'agressions sexuelles sur de jeunes enfants. Celle qui nie les faits comparaît ce mardi 12 août devant la cour d'appel pour contester son placement en détention provisoire.
Un témoignage poignant
Marie* raconte avec émotion le calvaire vécu par sa famille depuis l'arrestation d'Annie F., 59 ans, employée de l'école maternelle des Aresquiers, où sa fille a passé son année scolaire. L'Atsem est soupçonnée d'avoir abusé de petites filles et de petits garçons, ce qu'elle conteste depuis son incarcération le 29 juillet.
À la suite d'une première plainte début juillet, « la gendarmerie a appelé tous les parents d'élèves pour savoir si l'on avait des doutes sur le comportement de nos enfants et nous demandant de leur poser des questions, notamment comment on les endormait à l'école et leurs réponses, sans nous en dire plus », confie Marie à Midi Libre.
« Quand nos enfants ont répondu qu'ils ont été touchés au niveau du sexe, plusieurs fois, quand ils étaient accompagnés aux toilettes, au moment de la sieste, qu'elle les endormait comme ça, on sait que nos enfants n'inventent pas les gestes », poursuit la mère de famille.
« C'est la dame des secrets »
« Quand ma fille me dit : 'maman, on me touche là, mais ça ne me fait pas mal' et que je lui demande qui est-ce, et qu'elle me donne le prénom de la mise en cause et elle me dit : 'Annie c'est la méchante sorcière, c'est la dame des secrets, elle nous demandait de ne rien dire'… Excusez-moi, ma fille ne me sort pas ça pour faire joli. On n'en a jamais parlé devant elle avant. »
Alors, cette habitante de Vic-la-Gardiole a rappelé la gendarmerie pour évoquer les faits. « Ils m'ont demandé si j'avais parlé du prénom Annie, j'ai dit 'non' et expliqué que j'ai pris une poupée, ma fille m'a montré où elle a été touchée, sexe et fesses, et qu'elle a vu ses copains subir ces gestes. »
Détail terrible, l'assistance maternelle aurait utilisé ses doigts mais aussi un objet, « un crayon, elle faisait abracadabra, je te fais un tour de magie, et disait : 'je vais te toucher, je vais te le mettre sans faire mal'. »
Comment sa fille a vécu ces supposées agressions sexuelles ? « Non, elle n'est pas traumatisée de l'école, je vous le dis, pour elle, tout ça a été fait sous forme de jeux par une gentille dame. »
« Elle a détruit le village »
Plus de deux semaines ont passé avant l'arrestation d'Annie F., des journées très éprouvantes pour les familles des plaignants : « on ne mange plus, on ne dort plus… Mais on voit que l'enfant vit, on se dit malheureusement ça a été fait et elle n'a pas vu le mal. On lui explique que le mal a été fait, qu'il aurait fallu qu'elle nous en parle, bien sûr sans la gronder. »
Aujourd'hui, Marie est toujours bouleversée et compte sur l'enquête des gendarmes, dont l'unité spécialisée de Lunel a auditionné sa fille, pour que l'entière vérité éclate. « Je suis choquée, énervée, anéantie… J'ai plus les mots et j'espère que justice sera faite. Mais nous ne sommes ni les premiers parents, ni les derniers, il y en a eu d'autres et d'autres se rajoutent. Qu'elle assume, qu'elle reconnaisse, il n'y aura qu'un ou deux enfants, on se demanderait… Là, il y a au moins vingt plaintes, vingt petits qui disent pratiquement la même chose. »
L'Héraultaise évoque enfin un traumatisme collectif pour ce village de Vic-la-Gardiole où elle a grandi et été scolarisée dans cette école : « c'est un petit village, cette femme a détruit de nombreuses familles, on perd confiance et on se demande comment est-ce que l'on a fait pour passer à côté de ça… Elle a aussi détruit le village, qui est aussi une famille, aujourd'hui avec tous les parents, on n'ose même plus se parler. »
(*) Prénom modifié
(1) La mise en cause, incarcérée après sa mise en examen pour « viols et agressions sexuelles aggravées » le 29 juillet, a fait appel de l'ordonnance de placement en détention provisoire. L'affaire sera examinée ce mardi 12 août devant la cour d'appel de Montpellier.



