Viol collectif de Milly : la justice prononce des peines sévères après six ans d'enquête
Six ans après les faits, la justice a rendu son verdict dans l'affaire du viol en réunion de Milly, une jeune femme de 18 ans en 2020. Le tribunal pour enfants de Créteil, dans le Val-de-Marne, a condamné, mercredi 11 février 2026, deux jeunes hommes à dix ans de prison, la peine maximale autorisée par la loi. Un troisième prévenu a écopé de six ans de réclusion pour complicité. Trois autres accusés, dont un majeur, doivent encore être jugés devant la cour d'assises des mineurs pour ce crime odieux.
Un calvaire décrit comme "les pires heures de sa vie"
L'affaire remonte à mars 2020, lorsque Milly, alors auxiliaire de puériculture dans une école maternelle près de Niort, profite des vacances d'hiver pour se rendre à Paris avec des amis. Après une semaine de voyage, ses compagnons l'abandonnent à la nuit tombée dans un local à poubelles de la cité des Mordacs, à Champigny-sur-Marne, prétextant un manque de place dans la voiture. C'est là que commence son cauchemar.
Pendant l'enquête, l'adolescente a décrit avoir vécu dans ce local "les pires heures de sa vie". Huit hommes, presque tous cagoulés, sont entrés, l'ont rudoyée, frappée et violée en réunion, tandis que d'autres riaient, regardaient sans réagir ou l'insultaient. Elle a reçu un coup sur la nuque et a perdu connaissance. Après ces sévices, les agresseurs l'ont menacée avec un pistolet sur la tempe pour qu'elle garde le silence.
Une plainte tardive mais des preuves ADN accablantes
Une fois rentrée chez elle, Milly s'est confiée à sa mère, mais n'a pas porté plainte immédiatement, les faits étant trop douloureux. Selon des données gouvernementales, seules 7% des femmes déclarent avoir porté plainte après une agression sexuelle, une tentative de viol ou un viol. Elle a finalement déposé plainte le 23 avril 2021, permettant aux enquêteurs de se baser sur l'ADN trouvé sur son legging et sa culotte, que sa mère avait conservés dans un sac plastique.
La police judiciaire du Val-de-Marne a ainsi identifié quatre mineurs, bien que certains ADN soient restés inexploitables. Les avocats des parties civiles, Maîtres Irina Kratz et Antoine Ory, ont salué "des déclarations de culpabilité attendues et inévitables au regard du niveau de preuves accablant réuni dans ce dossier". En revanche, le conseil de l'un des condamnés, Maître Clément Abitbol, a laissé entendre qu'ils feraient appel du jugement.
Des conséquences durables pour la victime
Depuis les faits, Milly, comme elle l'a raconté au Monde qui a révélé l'affaire fin 2024, a tenté de mettre fin à ses jours, illustrant l'impact traumatique de cette agression. Les deux autres jeunes soupçonnés de viol, adolescents de 16 ans à l'époque, comparaîtront devant la cour d'assises des mineurs à une date ultérieure, aux côtés d'un autre accusé majeur jugé pour menaces de mort. Contactés avant l'audience, les avocats des jeunes non encore jugés n'ont pas souhaité réagir.
Cette affaire met en lumière les défis de la justice face aux violences sexuelles collectives et le courage des victimes pour témoigner, malgré les obstacles psychologiques et sociaux.