Une petite centaine d’habitants de la route de Toulouse, à Villenave-d’Ornon, sont privés d’électricité depuis le 9 avril. Un incendie survenu dans le parking de leur résidence a détruit l’installation électrique. Plus de jus depuis trois semaines. Les habitants d’une résidence de la route de Toulouse, à Villenave-d’Ornon, ne savent toujours pas quand ils retrouveront la lumière.
Un quotidien bouleversé
« On est en pétage de plombs », résume une propriétaire. Dans son appartement, comme dans 47 autres, les volets électriques ne se lèvent plus. Il n’est plus possible de cuisiner, d’avoir de l’eau chaude au robinet ou de s’éclairer. « En France, dans une grande ville, ça semble irréel. On a l’impression de mendier », poursuit la même résidente.
Dans la nuit du 8 au 9 avril, vers 1 heure du matin, les pompiers tambourinent aux portes. Il faut évacuer au plus vite. Une voiture flambe dans le parking en rez-de-chaussée. Le feu s’est propagé au véhicule garé à côté. Câbles, gaines et tuyaux PVC : autour du sinistre, tout fond.
Vivre au jour le jour
Un plombier de bonne volonté a travaillé d’arrache-pied. En quarante-huit heures, il a remis en état les arrivées et les évacuations d’eau. L’électricité, elle, se fait toujours attendre dans les 48 appartements des bâtiments B et C. « Les enfants peuvent se doucher chez des voisins du A. Mais pour nous, c’est à l’eau froide ou avec une douche solaire. » Kevin et sa famille figurent parmi les rares habitants à être restés sur place. « Sans frigo, on vit au jour le jour. »
Avec sa femme et ses deux enfants, ils ont été relogés à l’hôtel par la mairie, le soir de l’incendie. Depuis, l’indemnisation de l’assurance et leurs moyens ne leur laissent d’autre choix que de vivre dans leur appartement. « Nous nous sentons un peu seuls. On nous laisse tomber. »
Des mesures d’urgence insuffisantes
Le 16 avril, une semaine après le sinistre, le maire de Villenave-d’Ornon a pris un arrêté pour mettre en place des mesures d’urgence et un dispositif d’accompagnement, « considérant que la situation présente un risque pour la salubrité publique ». « Nous avons sollicité le bailleur social du bâtiment A et le syndic de copropriété pour obtenir un inventaire des habitants et de leurs besoins », explique Denis Delhoume, adjoint en charge du logement. Un médiateur fait le lien avec les sinistrés.
Les douches des arbitres du gymnase Nelson-Paillou sont ouvertes une heure par jour. Entre les 15 et 23 avril, 152 paniers-repas ont été distribués chaque jour à une vingtaine de familles. « Un pâté, un bout de pain et un paquet de chips. Les mêmes tous les jours. » Valérie (1) espérait plutôt un logement d’urgence.
Les fumées se sont infiltrées par les VMC. Dans les logements, une fine pellicule noire recouvre les meubles. Celui de Valérie est inhabitable. L’assurance indemnise son relogement à hauteur de 32 euros par jour. « Essayez de trouver un logement provisoire, autour de Bordeaux avec ça. » Elle avance quotidiennement 130 euros pour payer un Airbnb dégoté dans l’urgence. « J’ai emprunté de l’argent à ma mère, à un ami et on ne sait toujours pas combien de temps cela va durer. J’ai déjà avancé 2 100 euros de ma poche. »
Le temps de l’enquête
Enedis n’interviendra pas avant la décontamination du parking. Les murs, le sol et le plafond sont couverts de suie. L’air y reste vicié. Une entreprise de nettoyage œuvre depuis le 22 avril. « Il a fallu laisser le temps aux policiers d’enquêter, puis attendre le passage de l’expert, les devis et leur validation par l’assurance », explique Yann Calot. Le directeur du syndic de copropriété Calot et associés déplore la longueur du processus. « C’est complexe. Le propriétaire de la voiture en feu n’était pas assuré et stockait du carburant dans son véhicule. »
La décontamination devrait s’achever le 7 mai. « Mais nous avons rencontré de petits inconvénients comme une voiture de retour dans le parking ou un écoulement d’eau usée qui a nécessité un pompage », précise la gestionnaire de la copropriété. L’opération comprend aussi la remise en état des chemins de câbles, endommagés par l’incendie. L’un des prérequis attendus par Enedis pour intervenir. « Le chantier est bien identifié comme prioritaire, un technicien a visité les lieux dès le lendemain. Mais sans ce préalable, on ne peut rien faire », assure Caroline Hascoët. Selon la directrice communication, le fournisseur d’électricité pourra ensuite intervenir sans attendre.
Les habitants en seront alors à un mois sans électricité. Au minimum. Restera, ensuite, à décontaminer les appartements qui le nécessitent. « Je me refuse à regagner mon domicile insalubre », martèle Valérie. En attendant, la note augmente.
(1) Le prénom a été modifié.



