Un rapport d'inspection, dont les premiers éléments ont été révélés par Libération, met en lumière un fiasco judiciaire ayant précédé le meurtre de la petite Lyhanna, 5 ans, tuée par son père en juin 2022 à Saint-Étienne. Selon les inspecteurs, plusieurs signaux d'alerte n'ont pas été pris en compte par les autorités judiciaires et sociales.
Des signaux d'alerte ignorés
Le rapport, commandé par la ministre de la Justice, Éric Dupond-Moretti, pointe des défaillances à chaque étape du suivi de l'enfant. Lyhanna avait été confiée à son père, malgré des antécédents de violences conjugales et des signalements répétés. Selon les premiers éléments, au moins six signalements avaient été effectués auprès des services sociaux et de la justice entre 2020 et 2022, sans qu'aucune mesure de protection ne soit prise.
Un juge des enfants avait pourtant ordonné une enquête sociale en 2021, mais celle-ci n'a jamais été menée à son terme. « Le manque de moyens humains et matériels a conduit à des délais de traitement inacceptables », indique le rapport, citant un magistrat.
Un suivi chaotique
Le rapport détaille également le parcours chaotique de Lyhanna. Après la séparation de ses parents en 2020, l'enfant avait été placée chez son père, malgré les inquiétudes de la mère et des assistantes sociales. En 2021, une mesure d'assistance éducative en milieu ouvert (AEMO) avait été ordonnée, mais le suivi a été interrompu à plusieurs reprises en raison de changements d'éducateurs.
« Chaque changement de référent a entraîné une perte d'informations cruciales », souligne le rapport. Au total, quatre éducateurs différents se sont succédé en moins d'un an, sans qu'aucun n'ait eu une vision complète de la situation.
Des recommandations pour éviter un nouveau drame
Les inspecteurs formulent plusieurs recommandations pour éviter qu'un tel drame ne se reproduise. Ils préconisent notamment un meilleur partage d'informations entre les services sociaux et la justice, ainsi qu'une réduction des délais de traitement des enquêtes sociales. « Il est impératif de renforcer les effectifs des tribunaux pour enfants », insiste le rapport.
La ministre de la Justice a annoncé la mise en place d'un plan d'action d'ici la fin de l'année, incluant la création de postes supplémentaires et la formation des magistrats aux violences intrafamiliales. « Nous devons tirer les leçons de ce drame », a-t-elle déclaré.



