La Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH) a publié ce jeudi 25 juin 2026 son rapport annuel sur le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie en France. Le document dresse un constat paradoxal : si la tolérance des Français ne faiblit pas dans les enquêtes d'opinion, les actes racistes et antisémites restent profondément enracinés, voire augmentent dans certains domaines.
Un indice de tolérance stable mais des actes en hausse
L'indice de tolérance, mesuré chaque année par la CNCDH, s'établit à 64 sur 100 en 2025, contre 63 en 2024. Cette stabilité témoigne d'une adhésion majoritaire aux valeurs d'ouverture et de respect de l'autre. Cependant, le nombre d'actes racistes signalés a augmenté de 12 % par rapport à l'année précédente, atteignant 1 850 incidents en 2025. Parmi eux, les actes antisémites ont bondi de 25 %, avec 436 faits recensés.
Selon la CNCDH, cette hausse s'explique en partie par un meilleur signalement et une plus grande sensibilisation, mais aussi par une persistance des préjugés dans certains segments de la population. « Les Français se disent majoritairement tolérants, mais les actes montrent que les discriminations restent une réalité quotidienne pour de nombreuses personnes », a déclaré Jean-Marie Burguburu, président de la CNCDH.
Un racisme qui se déplace vers les musulmans et les Roms
Le rapport souligne que les cibles du racisme évoluent. Si l'antisémitisme reste préoccupant, les actes visant les musulmans ont augmenté de 18 %, avec 320 incidents en 2025. Les Roms et les gens du voyage sont également la cible de discriminations croissantes, avec 150 actes recensés, soit une hausse de 10 %.
« Le racisme anti-musulman se banalise dans certains discours politiques et médiatiques, ce qui contribue à sa légitimation », a alerté la CNCDH dans son rapport. L'institution appelle à une vigilance accrue face à la montée des discours de haine en ligne.
L'antisémitisme : un fléau persistant
L'antisémitisme reste l'une des formes de racisme les plus violentes. En 2025, 436 actes antisémites ont été recensés, dont 112 agressions physiques. Le nombre de tags et inscriptions à caractère antisémite a également augmenté, passant de 180 en 2024 à 210 en 2025.
« L'antisémitisme est un poison qui ronge notre société. Il ne faiblit pas, malgré les efforts de sensibilisation », a déploré Burguburu. La CNCDH recommande de renforcer l'éducation à la tolérance dès le plus jeune âge et de mieux former les forces de l'ordre à la lutte contre les discriminations.
Des disparités territoriales et générationnelles
Le rapport met en lumière des disparités importantes selon les régions. Les actes racistes sont plus nombreux en Île-de-France, en Provence-Alpes-Côte d'Azur et en Auvergne-Rhône-Alpes. Par ailleurs, les jeunes de 18 à 30 ans se montrent plus tolérants que leurs aînés, mais ils sont aussi plus exposés aux discours haineux en ligne.
« La tolérance progresse chez les jeunes, mais le racisme en ligne est un défi majeur. Les réseaux sociaux amplifient les stéréotypes et facilitent la propagation de la haine », note la CNCDH.
Des recommandations pour inverser la tendance
Face à ce constat, la CNCDH formule plusieurs recommandations : renforcer les programmes scolaires sur la lutte contre les discriminations, mieux former les journalistes et les influenceurs, et créer un observatoire des discours de haine en ligne. L'institution appelle également à une meilleure application des lois existantes, notamment en matière de signalement et de poursuite des auteurs d'actes racistes.
« Le racisme n'est pas une fatalité. Nous avons les outils pour le combattre, mais il faut une volonté politique forte et une mobilisation de toute la société », a conclu le président de la CNCDH.



