Procès du meurtre de Cuers : 18 et 20 ans de prison requis pour les accusés
Le procès des meurtriers présumés de Jonathan Bourdeille, poignardé à 15 reprises le 4 septembre 2022 à Cuers, arrive à son terme ce vendredi. Jeudi matin, l'avocate générale a requis des peines criminelles à l'encontre de trois des quatre accusés.
Un acharnement dénoncé par l'accusation
L'avocate générale Amandine Sbragi a insisté sur l'acharnement dont a été victime Jonathan Bourdeille. Après une semaine et demie de débats, les six avocats des parties civiles et l'avocate générale ont forgé leur conviction. Selon eux, l'ensemble des accusés, auquel s'ajoute Aimé Lacroix, poursuivi comme Jean Debrard et Wilfried Morana pour modification des preuves d'un crime, ont participé activement à la mort violente de Jonathan Bourdeille.
Malgré les zones d'ombre persistantes et l'absence formelle de preuve matérielle, l'accusation maintient sa position. « Si des zones d'ombre persistent, c'est uniquement à cause des accusés », déplore Me Bertrand Pin, représentant les intérêts de la veuve de la victime.
Des versions contradictoires et des preuves modifiées
Amandine Sbragi a souligné que tout a été fait d'emblée pour entraver la manifestation de la vérité, en faisant disparaître les armes et en quittant la scène de crime avant l'arrivée des secours. « Derrière, chacun a pu créer sa version pour se mettre à distance des faits », a-t-elle ajouté.
Dans un dossier où les expertises, mis à part celle en morphoanalyse de traces de sang, ne jouent pas un rôle prépondérant, l'accusation a appelé les jurés à faire preuve de « bon sens ». Seule façon de se défaire du nœud gordien issu des multiples versions, parfois mensongères, livrées par les accusés.
Les peines requises par l'avocate générale
Aux termes de sa longue démonstration, l'avocate générale Amandine Sbragi a requis :
- 20 ans de réclusion criminelle pour Joseph Debrard, accusé de meurtre
- 18 ans de réclusion criminelle pour Wilfried Morana, également accusé de meurtre
- 18 ans de réclusion criminelle pour Jean Debrard, pour complicité de meurtre
- 2 ans d'emprisonnement pour Aimé Lacroix, pour modification des preuves d'un crime
La magistrate a détaillé que Jean Debrard, « le patriarche à la forte personnalité », a organisé un comité d'accueil armé, apportant ainsi aide et assistance à son frère. « Il n'a jamais cherché à séparer Joseph et la victime. Au contraire, il était aux premières loges », a-t-elle précisé.
Un crime particulièrement violent
Me Clément Lambert en partie civile a souligné que Jonathan Bourdeille a reçu 15 coups de couteau, « dont cinq par-derrière ». « Un massacre... On ne lui a pas laissé la possibilité de partir », a-t-il déclaré.
Wilfried Morana aurait agi par « loyauté » pour son beau-père et le clan avant de quitter les lieux. « Il avait surtout un impératif de fuite. Afin de cacher les armes et ses vêtements », a soupiré Me Stéphanie Spiteri en partie civile.
Un dossier complexe aux multiples versions
Me Jean-Claude Guidicelli, en défense d'Aimé Lacroix, a qualifié ce dossier de « dossier Doliprane » prompt à causer des maux de crâne, avec ses 5 000 cotes issues de l'instruction. « On est plus dans le narratif que dans le probatoire, regrette l'avocat toulonnais. Et donc dans la construction intellectuelle. »
Le bâtonnier Olivier Ferri a pour sa part défendu l'idée que l'implication de son client Wilfried Morana ne serait que « le fruit d'une méprise », liée à une expertise médico-légale initiale suggérant l'utilisation de deux couteaux.
Ce vendredi, les six jurés et les trois magistrats professionnels composant la cour d'assises du Var vont devoir faire le tri dans leurs notes et les différentes versions des accusés afin de parvenir à un verdict. Ils devront répondre à la question essentielle : qui a tué Jonathan Bourdeille de 15 coups de couteau le 4 septembre 2022 à Cuers ?



