Évacuation immédiate : le maire de Nice (re)ferme l’immeuble squatté de la rue Saint-Philippe lors d’une visite musclée
Éric Ciotti s’est déplacé ce jeudi 30 avril 2026 jusqu’à l’immeuble squatté du 4 bis, rue Saint-Philippe, à Nice, pour annoncer qu’il allait prendre un arrêté de péril, comme l’avait fait en octobre son prédécesseur Christian Estrosi.
Bis repetita. Les occupants du 4 bis, rue Saint-Philippe, à Nice, vont devoir plier bagage, qu’ils soient squatteurs ou locataires. Le maire de Nice a annoncé qu’il allait « prendre un arrêté de péril » et « bloquer l’immeuble » après s’être déplacé sur les lieux, jeudi 30 avril 2026. Une visite musclée, à grand renfort de policiers municipaux et d’agents du nettoiement. Un déploiement de force qui aurait pu être du goût d’Aline et Jocelyne, deux copropriétaires de cet ensemble de sept étages engoncé dans une cour intérieure entre des résidences de standing dont il est loin d’avoir l’éclat.
Ici, à deux pas de la promenade des Anglais, « c’est une guerre que l’on mène », assurent les deux femmes, chacune propriétaire d’un studio. « Les squatteurs nous ont dit clairement qu’ils allaient nous les prendre. On les dérange. Alors ils nous menacent. Quand on arrive, ils nous jettent des packs de bières dessus par les fenêtres », dénonce Aline, qui s’enquiert auprès du maire de Nice : « Qu’est-ce que vous allez faire ? » « Vous ne pouvez pas faire ça ! » « La loi ne nous autorise pas forcément à évacuer ceux qui squattent », rappelle Éric Ciotti. « Mais cette présence, elle est source d’insécurité », enchaîne-t-il.
Le matin même, les services d’incendie et de secours sont passés faire une inspection des lieux. Ils ont constaté des branchements électriques sauvages, des parties communes obstruées, un réel risque en cas d’incendie. De quoi motiver un arrêté de péril. C’est l’option juridique prise par la mairie qui, initialement, envisageait de n’interdire l’accès qu’aux trois derniers étages, ceux principalement squattés.
C’est la déconvenue pour Aline et Jocelyne. Elles y ont aussi leurs lots. « Ce n’est pas possible ! Vous ne pouvez pas faire ça ! Nos studios sont nickels et nos locataires ne posent pas de problème », plaident-elles. En vain : « Je ne peux pas prendre un arrêté de péril appartement par appartement », rétorque le maire en s’engouffrant dans la cage d’escalier.
Au terme de cette ascension en pleine misère humaine, Éric Ciotti révise son opinion et le périmètre de son arrêté de péril. C’est finalement l’accès à « tout l’immeuble » qui est interdit « sur-le-champ », promet l’élu qui, au-delà des squats, a constaté « une autre problématique : celle des marchands de sommeil ». Qui louent « de minuscules studios d’à peine 9 mètres carrés contre 400 euros en liquide et sans avoir jamais reçu la moindre quittance de loyer en retour ». Le maire de Nice promet d’alerter le procureur de la République.
Pas de quoi effrayer les squatteurs, en revanche. Contre eux, le maire promet de mobiliser la police municipale « jour et nuit » pour les empêcher de revenir. « Le temps qu’il faudra… » Car ici, personne n’a oublié que son prédécesseur avait dégainé la même mesure. C’était en octobre dernier. Christian Estrosi, déjà, avait interdit l’accès au 4 bis, rue Saint-Philippe, en vertu d’un arrêté de péril. Du moins temporairement. Trois semaines plus tard, la mesure administrative avait été levée et tout le monde avait pu réintégrer les lieux, squatteurs compris.
Les copropriétaires assurent même que la mesure n’a fait qu’empirer les choses. « À cause de cet arrêté de péril, notre assurance nous a laissés tomber, témoigne Jocelyne. On n’a plus de garantie. Si demain il y a le feu, c’est notre patrimoine qui part en fumée. On perd tout. » Et puis il a fallu s’acquitter des frais de remise en sécurité : « On en a eu pour plus de 70 000 euros, d’électricité et de serrurerie », affirme Jean, un autre copropriétaire. Sans que cela dissuade les squatteurs : « Ils ont attaqué les nouvelles portes blindées à la disqueuse ! »
« 1 500 euros », c’est ce que Ouael a dépensé pour renforcer celle de son studio. Machinalement, il sort ses clés en arrivant devant cet appartement où il n’avait pas remis les pieds depuis octobre. « Je l’ai laissé fermé, je veux le vendre », souffle-t-il. Pas besoin de faire tourner le verrou. La serrure a une fois de plus été fracturée. La porte s’ouvre sur un fatras de couvertures. Deux jeunes hommes s’extirpent difficilement de leur sommeil. Deux squatteurs qui consentent, après quelques palabres, à quitter les lieux… Jusqu’à quand ? Ouael ne se fait guère d’illusions : « Je vais encore aller déposer plainte, je vais encore dépenser 1 500 euros pour changer les serrures, mais à quoi ça sert en vrai ? Franchement, je ne sais plus quoi faire… »



