Mathieu, un Nîmois, a sombré dans l'enfer de la drogue au point d'échanger sa voiture contre une importante quantité de cocaïne. Aujourd'hui abstinent depuis treize ans, il témoigne de son parcours au sein des Narcotiques Anonymes, une association qui, selon lui, lui a sauvé la vie.
Une entrée dans l'association après une rupture
C'est en 2006 que Mathieu pousse la porte des Narcotiques Anonymes. Une rupture sentimentale l'a plongé dans une profonde détresse. Son médecin généraliste, soupçonnant une addiction, l'interroge sur sa consommation de stupéfiants. Face aux quantités révélées, il l'oriente vers une cure à l'hôpital. C'est là que Mathieu découvre les brochures de l'association et décide d'assister à ses premières réunions.
Le déroulement des réunions
Les réunions, d'une durée d'une heure à une heure trente, rassemblent les participants autour d'une table. Elles débutent par la lecture de textes produits par l'association, datant des années 1950 à 1990, qui posent les bases du programme. Le principe est simple : reconnaître que l'on a un problème de drogue et s'engager à le traiter comme une maladie. La dépendance est perçue comme une caractéristique intrinsèque, poussant à consommer de manière excessive pour gérer des émotions fortes.
Les conséquences de la consommation
Mathieu admet avoir échangé sa voiture, une belle voiture, contre une grosse quantité de cocaïne. Il explique que ce geste fait partie des conséquences de la consommation. Privé de permis de conduire pour des comportements routiers sous alcool, il n'utilisait plus son véhicule et a cédé à la folie du moment.
Le déni, un obstacle majeur
La principale difficulté, selon lui, est de reconnaître que l'on a un problème. Lorsque l'on est sous l'emprise de la drogue, on sait au fond de soi que l'on a un problème, mais chaque prise efface cette conscience et entraîne une fuite en avant. Pour briser le déni, il faut faire le point et réaliser tout ce que l'on a perdu : emploi, relations amoureuses, argent, liens familiaux. La seule solution pour stopper cette spirale est d'arrêter complètement la drogue.
Le déclic : quand la consommation devient dangereuse
Rétrospectivement, tous les dépendants regrettent d'avoir commencé. Mais au début, la consommation semble agréable et sans conséquence. Puis vient le moment où l'on se rend compte que l'on ne consomme pas comme les autres : là où les amis boivent deux verres, on en boit dix ; où ils font deux rails, on en fait vingt. On devient celui qui finit seul, qui consomme en dehors de tout contexte social ou festif. C'est à ce moment-là que l'on sait que l'on est dans une situation grave. Mais entre cette prise de conscience et la décision de se prendre en charge, il peut s'écouler de nombreuses années.
Un travail contre le déni
Les Narcotiques Anonymes se présentent comme une fraternité où personne n'est au-dessus des autres. Les membres s'entraident, forts de leurs expériences communes. La solution proposée est l'abstinence totale, y compris de l'alcool, considéré comme une drogue. L'objectif est de se libérer de ce mauvais moyen de gestion des émotions en apprenant à partager ses sentiments – colère, peur, joie – lors des réunions. Ce partage permet de supporter les émotions sans recourir à des substances.
L'importance du partage d'expériences
Même après treize ans d'abstinence, Mathieu continue de vivre des émotions fortes. Le fait d'en parler avec d'autres membres l'aide à avancer et à résoudre ses problèmes. Il réalise que d'autres ont traversé les mêmes difficultés et qu'il suffit de faire face à la réalité, sans déni, et de demander de l'aide. La tendance du dépendant est de vouloir tout régler seul, alors qu'avec du soutien, tout devient plus facile.
Anonymat et non-jugement
Les réunions sont confidentielles et sans jugement. On n'y parle pas de produits, mais d'émotions et d'expériences. Chacun prend la parole à son tour, sans que les autres ne réagissent directement à ce qui est dit. Ce n'est qu'après la réunion, souvent autour d'un dîner, que les échanges informels ont lieu. Cette approche permet à chacun de s'exprimer librement.
Un témoignage poignant
Pour Mathieu, les Narcotiques Anonymes lui ont sauvé la vie. Il affirme que s'il avait continué à consommer, il serait mort de son addiction. Aujourd'hui, il participe aux réunions hebdomadaires à Nîmes, qui se tiennent à la maison des associations face au Parnasse. Ces réunions sont mixtes et permettent également une participation en visioconférence. Un parrain ou une marraine est désigné pour accompagner chaque nouveau venu dans sa démarche.



