Dolceaqua 2020 : la mort mystérieuse du flûtiste monégasque Olivier Barriera, accident ou meurtre ?
Mort du flûtiste monégasque à Dolceaqua : accident ou meurtre ?

Dolceaqua 2020 : la mort mystérieuse du flûtiste monégasque Olivier Barriera, accident ou meurtre ?

Cinq ans après la découverte du corps d'Olivier Barriera, un musicien monégasque, sur les hauteurs du village de Dolceaqua dans la province d'Imperia, nous nous sommes rendus sur place avec l'avocate de la famille et deux enquêteurs privés. Le 2 août 2020, le flûtiste est retrouvé sans vie au bas d'un ravin après plusieurs jours de recherches. La version officielle italienne d'une chute mortelle est vivement contestée par la famille, qui soupçonne un meurtre déguisé.

Le pub irlandais, point de départ de l'enquête privée

Notre première visite à Dolceaqua nous mène au pub irlandais, où Olivier Barriera a passé sa dernière soirée. Selon des témoins anonymes, il y a bu une ou deux bières, faisant des allées et venues avec son téléphone à l'oreille. Une énigme persiste : à qui parlait-il ? Les relevés téléphoniques officiels n'indiquent aucun appel cette nuit-là. L'avocate Me Najwa El Haïté et les enquêteurs Marc Eterno et Roger-Marc Moreau soupçonnent que le téléphone, pris par un tiers le jour de sa disparition, ait été « nettoyé » pour masquer des échanges compromettants. Ils insistent sur la nécessité d'une expertise approfondie de l'appareil.

Vers Monte Rebuffao : la géographie qui accuse

Le lendemain, direction les hauteurs vers le Monte Rebuffao, offrant un panorama à 360° sur la vallée. L'objectif est de reconstituer le parcours du musicien avant sa mort. La victime a dû mettre 30 à 40 minutes en scooter pour rentrer chez elle vers 2 ou 3 heures du matin, emportant un pack de six bières. Un voisin l'aurait vu peu après 7 heures, se dirigeant précipitamment à pied vers la route, un lever aux aurores surprenant pour ce lève-tard.

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Les dernières heures du musicien

Sur l'écran de son ordinateur, Me El Haïté montre des images de vidéosurveillance où Olivier Barriera escalade avec assurance le portillon d'une propriété privée. « On a conclu précipitamment qu'il était ivre. Sur place, il paraît impossible qu'un homme alcoolisé escalade ainsi », affirme l'avocate. Ce sont les dernières images du musicien, après lesquelles il disparaît à jamais. C'est ici que la version officielle commence à se fissurer.

Des incohérences troublantes sur le lieu de la découverte

Le dossier officiel fixe le point GPS de la découverte du corps dans un ravin, évoquant une chute depuis un chemin de randonnée escarpé. Pourtant, sur place, aucune pente raide n'est visible ; des arbres et un espace plat rendent impossible une chute de plusieurs mètres. Des sacs-poubelles jetés depuis la route suggèrent une autre hypothèse : et si le corps avait été jeté là ? « Comment Olivier Barriera est-il arrivé ici ? Il n'y a pas de sentiers depuis son habitation. L'endroit ne ressemble pas du tout à la description judiciaire », dénonce Me El Haïté.

Un profil ADN non identifié et des vêtements disparus

Le corps a été retrouvé caché sous des branchages, le torse dévêtu, avec un vêtement bleu à dix mètres. « Comment peut-il faire une chute, ôter son haut, le jeter à distance, et être recouvert d'arbustes ? C'est impossible ! », résume l'avocate. Deux profils ADN ont été trouvés sur le vêtement : celui de la victime et celui d'un inconnu, toujours non identifié après cinq ans. Un deuxième vêtement mentionné dans les rapports a totalement disparu, ajoutant au mystère.

Le cercle des silences à Dolceaqua

Dans ce village où tout se sait mais rien ne se dit, nous tentons de rencontrer des témoins. Un couple, contacté à l'avance, devient malade le jour de notre venue. Un habitant commence à parler, mais baisse soudain la voix et ses yeux « parlent » : nous ne sommes plus seuls. Silencio. Les informations se transforment en « non lo so ». Un autre confirme que la voisine qui a alerté la police et le responsable des carabinieri sont des amis d'enfance, soulevant des questions de connivences.

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Des zones d'ombre qui s'accumulent

Des rumeurs évoquent une relation entre Olivier Barriera et une femme mariée du village, une musicienne qui s'est inquiétée de sa disparition et a prévenu la police rapidement. Son témoignage à la police est identique à celui de son mari, au point-virgule près, selon la défense. Un homme affirme que l'époux jalousait le musicien, et que ce dernier, lors de sa dernière soirée, a demandé à être hébergé au village, semblant avoir peur. Le fils du couple, dont la personnalité interpelle, n'apparaît pas dans la procédure italienne.

La quête de vérité continue

Au terme de la journée, une certitude se renforce pour l'équipe réunie autour de Maryse Barriera, la mère du disparu. « Même le médecin légiste n'assure pas que la cause est accidentelle, contrairement à ce que l'on veut nous faire croire », insiste Me El Haïté. Une plainte au pénal est déposée à Monaco, avec un juge d'instruction saisi. La coopération judiciaire entre l'Italie et Monaco reste cruciale. Accident ou meurtre déguisé ? Trop de points demeurent sans réponse pour la famille, constituée partie civile. Dolceaqua a repris son cours tranquille, mais sous les ruelles pavées, les silences semblent taire quelques vérités.