Le million d’euros retrouvé dans le bureau de tabac Le Cygne à Nîmes a de nouveau fait parler de lui ce mercredi 3 juin 2026 devant la cour d’appel. Le couple de buralistes, incarcéré depuis le 21 mai, demandait sa remise en liberté lors d’une audience devant la chambre de l’instruction.
Une affaire à deux volets
L’enquête des gendarmes de la compagnie de Nîmes a mis au jour un trafic de stupéfiants et un possible blanchiment d’argent. Le 18 mai, une vaste opération a conduit à l’interpellation de neuf personnes. Six d’entre elles ont été placées en détention provisoire, dont les gérants du bar-tabac situé boulevard Victor-Hugo. Les chefs d’inculpation retenus contre eux sont : détention de stupéfiants, blanchiment aggravé, concours par un professionnel à une opération de placement ou de dissimulation du produit d’un délit, et délits financiers en lien avec les stupéfiants.
Le dossier comporte deux dimensions : l’une liée au trafic de drogue démantelé, l’autre à des soupçons de blanchiment d’argent sale. Selon les premiers éléments, ces deux aspects seraient étroitement imbriqués, ce que la défense conteste vigoureusement.
Une perquisition fructueuse
Lors de la perquisition du tabac, les militaires ont découvert environ 1,1 million d’euros en espèces, des pièces d’or, des bijoux et une montre Rolex, ainsi que quatre kilos d’herbe de cannabis. Le gérant affirme qu’il pensait qu’il s’agissait de CBD, légal. Selon sa défense, l’argent proviendrait de ses économies accumulées grâce à de longues heures de travail et sans vacances.
Les investigations ont également révélé que des suspects du trafic se rendaient régulièrement au bureau de tabac, parfois même lorsque le commerce était fermé. Des dépôts en espèces et des coupons PCS ont été effectués, avec une commission de 7 % prélevée par le tabac. Me Laurence Bourgeon, avocate du gérant, a soutenu que ces transactions étaient parfaitement légales et traçables.
Les arguments de la défense
Les deux avocats du couple, Mes Laurence Bourgeon et Anne-Catherine Viens, ont plaidé pour la remise en liberté. Me Bourgeon a estimé que l’absence de la partie « stupéfiants » dans le dossier de son client constituait une atteinte grave aux droits de la défense. Elle a souligné la personnalité des gérants, des commerçants travaillant 10 à 15 heures par jour, et a affirmé qu’ils ne se sont jamais interrogés sur l’origine des fonds. Selon elle, la remise en liberté est nécessaire pour que son client puisse réunir des documents prouvant sa bonne foi. Elle a également insisté sur le fait qu’ils ne présentent aucun risque de fuite ou de pression sur les témoins.
Me Viens, pour la gérante, a plaidé que sa cliente ne s’occupait pas des comptes, mais uniquement de la vente. Elle a décrit une femme économe, qui se coupe elle-même les cheveux pour faire des économies, et qui dort parfois dans le commerce.
La position du parquet
Le parquet général, par la voix d’Aurélie Reymond, a rappelé qu’il existe des indices graves et concordants justifiant les mises en examen et les incarcérations. Elle a souligné que l’information judiciaire ne fait que commencer et que la libération serait prématurée. Selon l’accusation, des vérifications approfondies sont nécessaires pour éclaircir l’origine des fonds, notamment ce million d’euros, une somme relativement importante.
Décision attendue le 5 juin
La cour rendra sa décision le 5 juin. Le gérant, de nationalité française et originaire du Laos, a déclaré dans le box : « Je ne connais personne mais tout le monde me connaît. » Interrogé sur ce qu’il ferait s’il était libéré, il a répondu : « J’irai chez mon frère dans l’Isère, ensuite je travaillerai. » La même date est fixée pour la gérante, dont l’avocate a également demandé la libération.
L’affaire a été saluée par le ministre de l’Intérieur Laurent Nunez, ainsi que par le colonel Casso et la procureure Cécile Gensac, qui ont souligné l’excellence des résultats de l’enquête.



