Une vidéo inédite montre la violence d'une interception policière à Mayotte
Une vidéo inédite, obtenue par nos soins, montre avec une rare intensité la violence d'une interception par la police d'un bateau de migrants au large de Mayotte. Cette intervention, qui a provoqué un naufrage meurtrier, relance le débat sur les méthodes employées par les forces de l'ordre dans la lutte contre l'immigration clandestine.
Les faits : une interception qui tourne au drame
Le 15 avril dernier, un bateau transportant une trentaine de migrants, principalement originaires des Comores, a été intercepté par une unité de la police aux frontières (PAF) alors qu'il tentait de rejoindre Mayotte. Selon les premières informations, l'embarcation, un kwassa-kwassa (petite embarcation traditionnelle), naviguait à vive allure lorsque les policiers ont tenté de l'aborder. La manœuvre a mal tourné : le bateau a chaviré, entraînant la mort de six personnes, dont deux enfants. Cinq autres sont portées disparues.
Les images qui accusent
La vidéo, filmée par un passager à l'aide de son téléphone portable, montre les policiers à bord d'un semi-rigide heurtant volontairement le kwassa-kwassa à plusieurs reprises. On entend des cris de panique et des supplications en shimaoré, la langue locale. Les images, d'une violence rare, montrent des policiers utilisant des matraques pour repousser les migrants qui tentent de s'accrocher à leur embarcation. Le choc final fait basculer le bateau, précipitant ses occupants dans une mer agitée.
Réactions et enquête en cours
L'avocate des familles des victimes, Me Sophie Binet, a qualifié ces images de "terrifiantes" et a annoncé le dépôt d'une plainte pour "violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner". De son côté, le ministère de l'Intérieur a ouvert une enquête administrative et promis des sanctions si les faits sont avérés. Le syndicat de police Alliance a dénoncé une "instrumentalisation" des images et appelé à ne pas préjuger des résultats de l'enquête.
Le contexte : une pression migratoire constante
Mayotte, département français le plus pauvre, est confronté à une immigration massive en provenance des Comores voisines, attirée par des conditions de vie meilleures et l'accès aux soins. Les traversées en kwassa-kwassa sont quotidiennes, et les naufrages fréquents. En 2025, plus de 200 personnes ont perdu la vie en tentant de rejoindre l'île. Les interceptions par les forces de l'ordre se sont intensifiées, avec des méthodes de plus en plus controversées.
Un débat relancé sur les méthodes policières
Cette nouvelle vidéo relance le débat sur la politique migratoire française et les méthodes employées pour dissuader les traversées. Les associations de défense des droits humains dénoncent une "violence d'État" et réclament une refonte des procédures d'interception. Le gouvernement, lui, défend une ligne ferme, estimant que la lutte contre l'immigration clandestine nécessite des moyens dissuasifs. La diffusion de ces images pourrait toutefois pousser à un réexamen des protocoles d'intervention.
L'enquête, confiée à l'Inspection générale de la police nationale (IGPN), devra déterminer si les policiers ont fait usage d'une force proportionnée. En attendant, les familles des victimes réclament justice et la fin de ce qu'elles appellent une "chasse aux migrants".



