Le marché du Soleil, institution marseillaise réputée pour ses étals de produits contrefaits, est au cœur d'un procès qui s'ouvre ce mercredi 24 juin 2026 devant le tribunal correctionnel de Marseille. Une centaine de vendeurs sont poursuivis pour vente de marchandises contrefaisantes, une affaire sans précédent par son ampleur.
Une opération d'envergure contre la contrefaçon
L'enquête, menée par la brigade de répression du banditisme (BRB) de Marseille en collaboration avec la direction régionale des douanes, a débuté en 2023. Les investigations ont permis d'identifier 107 vendeurs opérant sur ce marché informel, situé dans le quartier du Soleil, dans les 14e et 15e arrondissements de Marseille. Selon le parquet de Marseille, les saisies réalisées entre 2023 et 2025 représentent plus de 150 000 articles contrefaits, principalement des vêtements, des chaussures, des accessoires de marque et des produits de luxe.
"C'est un véritable coup porté à l'économie souterraine qui prospérait sur ce marché", a déclaré le procureur de la République de Marseille, Dominique Laurens, lors d'une conférence de presse en mai 2026. "Les pertes pour les marques titulaires des droits sont estimées à plusieurs millions d'euros."
Un marché historique mais illégal
Le marché du Soleil existe depuis les années 1980. Initialement un marché de produits d'occasion et de surplus, il a progressivement dérivé vers la vente de contrefaçons, attirant une clientèle locale et touristique. Selon la mairie de Marseille, le marché comptait jusqu'à 300 vendeurs informels avant les opérations de démantèlement. "Ce marché était devenu un symbole de l'économie parallèle dans notre ville", a commenté le maire de Marseille, Benoît Payan, dans un communiqué.
Les vendeurs poursuivis encourent jusqu'à trois ans d'emprisonnement et 300 000 euros d'amende pour contrefaçon en bande organisée. Le procès doit durer quatre jours. Parmi les prévenus, certains sont des récidivistes, déjà condamnés pour des faits similaires.
Des réactions contrastées
Les avocats de la défense dénoncent une procédure disproportionnée. "On s'attaque à des petits vendeurs qui tentent de survivre, pas à des trafiquants", a plaidé Me Sophie Sidos, avocate de plusieurs prévenus. "La contrefaçon est un fléau, mais les vrais responsables sont les réseaux d'importation qui alimentent ces marchés."
De leur côté, les associations de lutte contre la contrefaçon saluent l'initiative. "Ce procès envoie un signal fort", a affirmé Jean-Michel Deligny, président de l'Union des fabricants (Unifab). "La contrefaçon nuit à l'emploi, à la sécurité des consommateurs et à l'innovation. Il est essentiel de démanteler ces marchés."
Un impact économique et social
Selon une étude de la Chambre de commerce et d'industrie Marseille-Provence, le marché du Soleil générait un chiffre d'affaires annuel estimé entre 10 et 15 millions d'euros, dont une part importante échappait à l'impôt. La fermeture du marché a entraîné la perte de centaines de "petits boulots" informels, mais aussi une baisse de la délinquance dans le quartier, selon la préfecture de police.
Le tribunal correctionnel de Marseille rendra son délibéré le 28 juillet 2026. En attendant, le marché du Soleil reste fermé, et les autorités réfléchissent à une reconversion du site en un marché de producteurs locaux, comme l'a suggéré la mairie.



