Violences homophobes : un jeune gay tué à Metz, SOS Homophobie dénonce la banalisation
Jeune gay tué à Metz : la banalisation des violences homophobes

Un jeune homme gay de 19 ans, Noahm, a été violemment frappé samedi 30 mai à Metz, comme l'a rapporté Mediapart. Il a été déclaré en état de mort cérébrale mardi 2 juin. Deux suspects ont été mis en examen pour « violences volontaires et tentative d'homicide volontaire aggravé », une qualification qui pourrait être requalifiée en « homicide volontaire » selon le média en ligne. Julia Torlet, coprésidente de SOS Homophobie, dont le dernier rapport annuel alertait sur une augmentation des violences LGBTphobes en France, dénonce leur banalisation.

Le caractère homophobe des faits pas encore retenu

Interrogée sur cette affaire, Julia Torlet précise que son association n'a pas plus d'éléments que ceux diffusés par la presse. Cependant, les témoignages des amis de Noahm indiquent qu'il a été ciblé en raison de son expression de genre plutôt féminine, notamment son maquillage. Pour ses agresseurs, cela sous-entendait qu'il était gay. Des insultes auraient été proférées pendant l'agression. « Il y a donc manifestement un caractère homophobe dans cet homicide », affirme-t-elle.

Le fait que le procureur ne retienne pas encore ce caractère homophobe ne surprend pas Julia Torlet. « J'espère que cela va évoluer, mais nous avons l'habitude des arguments de la justice, qui explique qu'on n'arrive pas à le prouver avec des éléments matériels tangibles, par exemple si personne n'a filmé la scène des insultes. Le risque est qu'à la fin de l'année, quand le bilan des agressions ou des meurtres homophobes est dressé, il en manque. Ce jeune n'était pas n'importe quel jeune se trouvant au mauvais endroit au mauvais moment : c'est un jeune qui a perdu la vie parce qu'il était gay. »

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Un procès aux assises dans le Vaucluse

Parallèlement, dans le Vaucluse, se tient actuellement le procès aux assises de six personnes poursuivies pour un homicide et une séquestration, à la suite de guets-apens via des sites de rencontres comme Coco.gg (fermé depuis les faits). Là encore, le parquet n'a pas reconnu la circonstance aggravante du caractère homophobe. SOS Homophobie ne s'est pas constituée partie civile à Avignon car elle ne le peut pas lorsque cette circonstance n'est pas retenue. « Mais si elle l'est au cours du procès, vu qu'il dure plusieurs jours, nous le ferons », précise Julia Torlet.

L'importance de la circonstance aggravante

La reconnaissance de la circonstance aggravante homophobe est cruciale, car elle alourdit les peines encourues : par exemple, pour un meurtre, la perpétuité au lieu de trente ans de réclusion. Au-delà de l'aspect pénal, Julia Torlet insiste sur sa portée symbolique : « Les victimes agressées ont besoin d'être reconnues pour se reconstruire. Et il faut pouvoir montrer que les agressions homophobes existent bel et bien, car nous entendons souvent : “Ça va, nous sommes en 2026, aujourd'hui vous avez des droits, l'homophobie n'existe plus.” Or, dans la société française d'aujourd'hui, une personne LGBTI n'a pas la même vie qu'une personne qui ne l'est pas. C'est vrai dans la rue, dans les lieux publics, au travail, dans la famille… On ne vit pas avec les mêmes dangers. »

Le bilan des violences LGBTphobes en 2025

Fort heureusement, les homicides restent des cas ponctuels de violences extrêmes, difficiles à recenser. Mais il faudrait y ajouter les personnes qui mettent fin à leurs jours à la suite de harcèlement ou de conflits familiaux. Pour l'année 2025, selon les remontées des dispositifs d'écoute de SOS Homophobie, 1 771 actes LGBTphobes ont été recensés. Les données gouvernementales, publiées depuis dix ans, avancent une augmentation de 2 % de ces actes entre 2024 et 2025, après une hausse de 13 % par an entre 2016 et 2024 selon les services du ministère de l'Intérieur.

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Pourquoi la violence persiste-t-elle malgré les avancées législatives ?

Julia Torlet explique ce paradoxe : « Si l'on regarde le temps long, la situation des LGBTI est effectivement bien meilleure qu'il y a quarante ans. La société a globalement évolué dans le sens d'un vivre-ensemble apaisé, avec des avancées législatives comme le mariage pour tous en 2013 ou la procréation médicalement assistée pour tous en 2021. Mais la situation se dégrade depuis dix ans, avec des prises de parole homophobes décomplexées sur les réseaux sociaux, voire dans certains médias, notamment avec la montée du masculinisme, ce qui a pour effet de “légitimer” la violence. Nous sommes aujourd'hui dans une situation très paradoxale où être une personne LGBTI en France, c'est certes avoir des droits mais aussi vivre en danger. »

Les guets-apens homophobes, un fléau amplifié par le numérique

Selon les chiffres de la délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la haine anti-LGBT, une personne LGBTI est victime d'un guet-apens homophobe tous les quatre jours. Julia Torlet rappelle que ces guets-apens existent depuis très longtemps : « Leurs auteurs fréquentaient des lieux de drague gay, à l'époque forcément clandestins, et attendaient leurs futures victimes pour les agresser. Le fléau actuel a pris une grande ampleur avec les outils numériques comme les applications et les sites de rencontres. Ces agressions sont portées par des clichés homophobes selon lesquels les gays seraient plus riches, se défendraient moins, voire auraient honte et donc n'iraient pas porter plainte. Ce qui est malheureusement en partie vrai sur ce dernier point, concernant la population n'ayant pas fait son coming out. »