« Rester aurait signifié mourir » : le cri de douleur de Mélanie, survivante de l'incendie de Crans-Montana
Publié aujourd'hui à 12h32 - BFM Alixan Lavorel
Un peu plus d'un mois après l'incendie tragique de Crans-Montana en Suisse, qui a coûté la vie à 41 personnes dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier 2026, une voix s'élève pour rompre le silence. Mélanie, une jeune mère victime des flammes, a publié une lettre ouverte sur Facebook où elle révèle être « cette fille qui a sauté une rambarde », dont les images ont fait le tour du monde au lendemain du drame.
Un saut pour la vie, un corps à jamais transformé
« Je suis Mélanie. Je suis cette fille dont on parle parfois sans jamais dire le nom », écrit-elle en préambule. Elle explique que son saut par-dessus la rambarde du bar La Constellation n'était pas un acte de bravoure, mais une décision dictée par l'instinct de survie. « Parce qu'à cet instant précis, le feu était plus fort que la peur. Parce que rester aurait signifié mourir. J'ai sauté pour sauver ma vie. Depuis ce jour, je ne vis plus. Je survis », confie-t-elle avec une émotion palpable.
Mélanie décrit les conséquences physiques et psychologiques dévastatrices de cet acte. « Mon visage ne sera plus jamais le même. Celui que je reconnaissais dans le miroir n'existe plus. Celui que ma fille connaissait non plus ». Elle évoque la difficulté de ne pouvoir prendre son enfant dans ses bras lorsque la douleur devient insupportable, et le long processus de réadaptation : « Je réapprends à habiter un corps profondément abîmé ».
Une quête de justice et de reconnaissance
La jeune femme suit désormais la majorité de ses examens médicaux à Nantes, loin de son domicile et de ses proches, ce qui ajoute à son isolement. Mais au-delà de sa souffrance personnelle, Mélanie prend la parole pour donner une voix à toutes les victimes. « Pas par vengeance, mais pour qu'on entende enfin la voix de celles et ceux qui paient le prix le plus lourd ».
Elle interroge avec amertume le traitement du drame par les autorités et la société : « Où est la justice quand la victime porte à vie les marques visibles et invisibles, et que les responsabilités restent floues, silencieuses, diluées ? Où est la justice quand on parle d'un drame, mais qu'on détourne le regard de ses conséquences humaines ? ». Pour elle, le silence est une « deuxième brûlure » et l'oubli est insupportable face à des cicatrices permanentes.
Un appel à ne pas oublier les survivants
Mélanie insiste sur la nécessité de reconnaître pleinement la réalité vécue par les survivants. « J'écris parce que survivre ne devrait jamais signifier se taire », affirme-t-elle. Elle martèle que sa douleur n'est pas seulement médicale, mais profondément humaine, et qu'elle vit désormais dans un corps et un visage irrémédiablement transformés.
Son témoignage poignant intervient dans un contexte où les familles des victimes expriment une défiance croissante face à la justice suisse, dénonçant une instruction « chaotique » et une certaine « légèreté » dans l'enquête. Mélanie incarne ainsi la résilience douloureuse de ceux qui ont survécu au drame, mais doivent désormais composer avec des séquelles à vie.