La France conserve sa médaille d'or des vols de voitures en Europe
Les années se suivent et se ressemblent pour la France, qui maintient sa position peu enviable de championne européenne continentale des vols de véhicules, partageant ce triste record avec l'Italie. Le ministère de l'Intérieur relève pourtant une baisse de 9% par rapport à l'année précédente, mais ce chiffre reste alarmant par son ampleur.
Une professionnalisation inquiétante du vol automobile
Cette persistance des vols révèle une professionnalisation croissante de la criminologie automobile ces dernières années. Les réseaux organisés et les nouvelles technologies ont transformé le paysage du vol de véhicules. « Le vol de voiture d'un malfrat avec un pied-de-biche ou un bris de glace, c'est quasiment fini », assure-t-on du côté de l'Observatoire des vols et de la récupération après-vol Coyote Secure.
Pourquoi la France est-elle particulièrement ciblée ?
Les spécialistes identifient plusieurs facteurs expliquant la vulnérabilité française. Le pays paierait son bon positionnement géographique et son accès facilité aux ports européens aux Pays-Bas, en Espagne et en Belgique. Cette situation géographique explique pourquoi les régions frontalières de ces pays sont les plus touchées.
« Une fois là-bas, la voiture est mise dans un container et part très loin », explique Stéphane Curtelin, directeur marketing et produits Coyote. « C'est pourquoi il est important de réagir très rapidement, dès le vol constaté et d'avoir déposé plainte, pour que l'on puisse intervenir. Le vol est très rapide. Les voitures sont parfois même directement stockées quelque temps dans des parkings en sous-sol, dans un box, tout près du lieu du vol, et c'est difficile alors de les repérer sans un moyen de traçage efficace ».
Les régions les plus touchées
L'Île-de-France reste la région la plus concernée, concentrant 50% des vols de véhicules. « Les malfrats vont aux endroits où il y a le plus de véhicules disponibles », précise Stéphane Curtelin. Le classement régional se poursuit avec :
- Les Hauts-de-France
- La région Provence-Alpes-Côte d'Azur
La région Grand-Est connaît la plus forte progression avec une augmentation locale de 20% selon Coyote Secure, certainement due à sa proximité avec les frontières belges, allemandes et luxembourgeoises.
Les modèles français particulièrement prisés
Les voitures françaises restent les favorites des voleurs. En 2025, malgré une baisse des vols de 4%, la Clio IV conserve sa première place avec près de 2.300 véhicules volés selon l'Observatoire des vols Argos. Suivent :
- La Peugeot 3008 II (1.504 volées)
- La Peugeot 308 II (1.462)
- La Renault Megane IV (1.270)
Rapportées à leur nombre en circulation, c'est le Toyota RAV4 V qui est le plus touché, suivi de la Lexus RX II, de la Lexus NX puis de l'Audi A3 III.
La domination des SUV et l'évolution des cibles
Les SUV représentent près de 70% des vols de voitures parmi celles équipées par Coyote Secure. Tous modèles confondus, les SUV hybrides représentent quant à eux presque un vol sur deux. « Souvent pour les métaux rares que contient leur pot catalytique et qui valent très chers, précise Stéphane Curtelin. Mais aussi parce que ce sont des véhicules faciles à revendre sur le marché de l'occasion ».
La demande évolue cependant. « Ce que nous notons en 2025, c'est l'augmentation significative des vols de deux autres catégories de véhicules, les véhicules utilitaires (VUL) qui représentent désormais plus de 11% des vols en France et les véhicules de loisirs (VL), comme les vans ou les camping-cars, qui ont augmenté de 30% », détaille le directeur marketing et produits Coyote. « Ces types de véhicules sont très chers, et souvent bien remplis pour les utilitaires, et très rentables à la revente ».
« Ce qui se vole le plus, c'est aussi ce qui se vend le plus et les malfrats collent aux tendances du marché ».
L'évolution des motorisations ciblées
Le profil des motorisations des véhicules ciblés par les malfrats évolue également. Selon Roole, premier club automobile de France :
- Les motorisations thermiques représentent encore 54% des véhicules volés
- Les véhicules hybrides atteignent près de 36%
- Les vols de modèles électriques restent marginaux à seulement 3%
Cette faible proportion pour les véhicules électriques s'explique par le fait qu'ils « sont plus difficiles à revendre et nécessitent un long temps de stationnement pour une recharge complète, ce qui complique la fuite » selon Roole.
Des méthodes de plus en plus sophistiquées
Les malfrats ne choisissent pas leurs cibles au hasard. Ils effectuent des repérages minutieux, étudient les lieux de stationnement, sélectionnent des voitures dont les pièces se revendent bien, et privilégient les couleurs les plus répandues, faciles à maquiller selon le marché du neuf et de l'occasion.
Mais c'est surtout la vulnérabilité électronique qui attire désormais les voleurs. « Les vols sont depuis ces dernières années désormais technologiques, dans 9 cas sur 10, précise Stéphane Curtelin. C'est-à-dire qu'on hacke votre voiture comme on craque un ordinateur, un smartphone ».
Par exemple, pour les véhicules équipés de clés mains libres, « des malfrats en récupèrent les ondes, retrouvent votre véhicule garé pas très loin de chez vous, reproduisent vos ondes et partent en quelques secondes au volant de votre véhicule », illustre Stéphane Curtelin. Les prises OBD sont également utilisées pour le vol de véhicules par « les filières un peu plus organisées ».