Une explosion dévastatrice au cœur de Bordeaux
Dans la nuit du 26 février 1991, vers 4h45, les habitants du centre de Bordeaux ont été brutalement réveillés par une énorme déflagration. Le bar le Palmier bleu, situé au 45 place Gambetta, à côté du célèbre café le Régent, venait d'être littéralement soufflé par une puissante explosion survenue à l'arrière du bâtiment.
Un spectacle de désolation
À leur arrivée sur les lieux, les policiers et les pompiers ont découvert un spectacle incroyable. Du Palmier bleu, d'un magasin de photographe et d'une parfumerie voisins, il ne restait que des amas de décombres. Le café le Régent avait été éventré sur son côté gauche, comme si une tornade s'y était engouffrée pour recracher vitres et mobilier sur le trottoir.
Plus surprenant encore, la grille métallique du Palmier bleu avait été projetée de l'autre côté de la rue, couchant à demi un poteau de feux de signalisation au passage.
Un miracle évident
Tout autour de la place, d'innombrables vitres et vitrines avaient été brisées par l'onde de choc. Même le Virgin Megastore, situé à plus de cent mètres, n'avait pas été épargné. On imagine aisément les conséquences catastrophiques si l'explosion s'était produite en plein jour, dans l'un des endroits les plus fréquentés de la ville.
Mais, fort heureusement, la place était déserte à cette heure matinale. Seule une pharmacienne, habitant au-dessus de son officine à quelques mètres du sinistre, fut légèrement blessée dans son lit par des débris.
L'étendue des dégâts révélée au jour
Lorsque le jour se leva, l'ampleur des destructions apparut dans toute son étendue. La façade du bloc d'immeubles touchés menaçait de s'effondrer, et à l'arrière du bâtiment, il ne restait qu'un amoncellement de blocs de pierres et de gravats.
Les commerçants accourus sur les lieux pour constater les dégâts dénombrèrent pas moins de vingt-huit magasins touchés sur la seule place Gambetta. En ajoutant les bris de vitres dans les habitations des rues adjacentes, on dépassait la cinquantaine de propriétaires concernés par le sinistre.
Une enquête criminelle s'ouvre
Dans un premier temps, les autorités penchèrent pour une explosion de gaz. Mais rapidement, l'hypothèse d'un acte criminel s'imposa avec quasi-certitude. Les enquêteurs du SRPJ de Bordeaux, auxquels le parquet confia l'affaire, découvrirent que des individus seraient passés par les toits pour verser dans un conduit d'aération donnant dans la cuisine du Palmier bleu le contenu de plusieurs jerricans d'essence avant d'y mettre le feu.
Ce procédé avait déjà été utilisé moins d'un an auparavant pour incendier l'étude d'un notaire située dans le même bâtiment, ajoutant au caractère troublant de cette affaire.
Les conséquences économiques et sociales
Au-delà de l'aspect criminel, cette explosion eut des répercussions significatives :
- Plus de trente personnes se retrouvèrent au chômage technique
- La circulation fut totalement interdite devant l'immeuble pour éviter l'effondrement de la façade
- Les pompiers durent étayer la structure durant toute la journée
- La place Gambetta, pourtant en plein essor économique, prit des allures de lendemains de bombardements
L'épilogue judiciaire
Le tribunal correctionnel de Bordeaux rendit son jugement le 6 juillet 1994, condamnant à quatre ans de prison ferme Kemal Isari, de nationalité turque, et Abdelali Benbadda, de nationalité marocaine. Selon l'accusation, le mobile était une vengeance dirigée contre le Palmier Bleu, « qui était le siège d'une filière de drogue dirigée par Kemal Isari », suite à la disparition de 150 grammes d'héroïne.
Cette explosion place Gambetta reste dans les mémoires comme un événement marquant de l'histoire contemporaine de Bordeaux, où un miracle évita le pire mais où les traces de la violence criminelle laissèrent des marques durables sur le paysage urbain et la vie des habitants.



