Un ex-commandant de brigade dénonce un climat toxique
Selon une enquête du média Off Investigation, l'ex-commandant de la brigade de gendarmerie d'Èze, dont le prénom a été modifié en Paul, et son épouse Maria auraient été victimes de harcèlement systématique de la part de collègues, sans que leur hiérarchie n'intervienne. Paul affirme avoir subi des insultes racistes et sexistes, notamment via des groupes WhatsApp.
Des faits graves révélés
Dès son arrivée, Paul constate qu'un maréchal des logis-chef a privatisé et agrandi une terrasse de 60 m² sans autorisation. La mairie d'Èze a confirmé l'absence de permis. Le service des affaires immobilières de la gendarmerie avait réclamé sa démolition en mars 2022 et janvier 2024. Paul, en tant que commandant, se devait de faire appliquer ces décisions, notamment en raison du risque sismique.
Les relations se dégradent rapidement. Selon des témoignages, Paul est surnommé « cui-cui » ou « sale merde humide », tandis que son épouse est désignée comme « la rom ». Trois groupes WhatsApp réunissant 17 collègues contiennent des injures graves, des propos racistes visant les origines roumaines de Maria, et des photomontages pornographiques. Des messages évoquent des termes comme « bougnouls » ou « melons », et l'un propose de créer un « bougnoulodrome ». Lorsque le maréchal des logis-chef apprend qu'il doit démolir sa terrasse, il écrit : « Je vais le tuer le type. » Son père alerte le capitaine, et l'arme du sous-officier est confisquée trois semaines.
Des signalements ignorés ?
Le 28 octobre 2024, Paul dépose un premier signalement pour harcèlement auprès de l'Inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN). L'enquête administrative conclut que le problème vient du couple. Maria n'est pas auditionnée. Après un malaise en décembre 2024, Paul alerte le général de la région Sud sans réponse. Un second signalement après la découverte des groupes WhatsApp n'aurait pas débouché sur une enquête.
Sanctions et mutation contestées
En mai 2025, le colonel commandant la gendarmerie des Alpes-Maritimes sanctionne Paul de dix jours d'arrêt avec sursis et une réprimande, et demande sa mutation. Son avocate, Me Marie Delrieu, juge ces sanctions disproportionnées. Muté au 1er août 2025, Paul ne peut plus s'occuper de son père hospitalisé à Nice. « Les gendarmes qui nous ont harcelés sont toujours en place », regrette Maria.
D'autres départs et plaintes
L'affaire dépasse le cas de Paul : deux autres gradés de la communauté de brigade de Cap-d'Ail ont quitté la gendarmerie après des signalements. D'autres gendarmes s'apprêtent à porter plainte. Maria prépare une plainte pénale. Paul a saisi les tribunaux administratifs pour annuler sanctions et mutation. Quant à la terrasse illégale, la gendarmerie l'a finalement autorisée, mais elle devra être démontée quand le maréchal des logis-chef sera muté.
La version de la gendarmerie
Contactée par Nice-Matin, la gendarmerie livre une tout autre version. Selon elle, la situation de l'adjudant-chef a été suivie avec vigilance. Face à une situation critique et à un commandant en difficulté, des mesures ont été prises pour sanctionner ses manquements et ceux d'autres membres pour comportements intolérables. Sa mutation a été décidée dans l'intérêt du service et du militaire, en raison de son incapacité à gérer la brigade. La brigade fonctionne désormais normalement. La gendarmerie rappelle que les gendarmes peuvent exercer leur droit de recours, et que les recours de Paul sont en cours d'étude.
Paul, qui dit avoir 900 pages de dossier destinées à la justice, estime avoir vécu « dans un environnement très toxique et hostile. Et c'est moi que l'on accuse de ne pas être capable d'assurer mon commandement ! J'ai vécu l'enfer durant deux ans. »



