Des rencontres secrètes au cœur de l'enquête sur l'incendie mortel de Crans-Montana
Plusieurs avocats ont exprimé mercredi de vives inquiétudes concernant des rencontres entre le maire de la station suisse de Crans-Montana, Nicolas Féraud, et un ancien conseiller communal. Ces deux personnalités sont toutes deux mises en cause dans le drame survenu la nuit du Nouvel An, un incendie dans un bar qui a provoqué la mort de quarante-et-une personnes et fait cent quinze blessés, principalement des adolescents et de jeunes adultes.
Des entretiens furtifs la veille des auditions
Selon plusieurs sources proches du dossier, confirmant des informations de la radiotélévision suisse publique RTS, l'ancien conseiller communal en charge de la sécurité publique, entendu mercredi par les magistrats, a reconnu avoir rencontré le président de la commune Nicolas Féraud la veille de son audition. Le maire avait lui-même été interrogé lundi à Sion, la capitale du canton du Valais. La RTS rapporte également qu'une autre rencontre aurait eu lieu le 11 avril dernier.
L'ex-conseiller communal a assuré que l'entretien avait été bref et que le dossier de l'incendie n'avait pas été évoqué. Bien que ces rencontres soient autorisées par la justice à condition que l'affaire ne soit pas abordée, elles ont suscité la colère de plusieurs avocats, convaincus d'un fort risque de collusion entre les deux hommes.
Les réactions indignées des avocats des parties civiles
Me Yaël Hayat, qui représente les copropriétaires du bar incendié, Jacques et Jessica Moretti, principaux mis en cause dans cette affaire, s'est exprimé avec véhémence devant la presse. « Bien sûr que ça questionne, parce que c'est une visite furtive, c'est une visite en catimini, un huis clos, secrète. Et puis la veille d'une audition, sans doute que ce n'est pas pour parler de la météo », a-t-il fustigé.
De son côté, Me Didier Elsig, avocat des parties civiles, a regretté cette situation. « On a l'impression qu'ils allaient accorder leurs violons pour nous réciter la même partition […] c'est dommage parce qu'on a l'impression que plus le temps passe, plus ces personnes ont le temps de se préparer », a-t-il déclaré, insinuant une possible coordination des versions.
Un contexte d'enquête pénale complexe
Le maire Nicolas Féraud et l'ancien conseiller communal, en poste de 2021 à 2024, font partie des neuf personnes placées sous investigation pénale dans le cadre de l'enquête sur ce drame. Le lendemain de la tragédie, la commune avait reconnu l'absence de contrôles de sécurité et incendie dans le bar depuis 2019, alors que ces vérifications doivent être effectuées annuellement.
Lundi, lors de son audition, le président de la commune a écarté toute responsabilité personnelle, affirmant devant les magistrats ne pas avoir été alerté de ces absences de contrôles. Il s'est borné à déclarer qu'il avait donné les moyens nécessaires à ses services pour effectuer ces missions.
Défense et accusations s'affrontent
Me Christian Delaloye, avocat de Nicolas Féraud, a défendu son client en affirmant que la rencontre avec l'ancien conseiller communal n'était pas survenue « dans un esprit de cacher des choses, de transformer les faits ». Cependant, pour les parties civiles, Me Christophe de Galembert a rétorqué avec fermeté.
« On assiste malheureusement de la part des prévenus à un certain dévoiement de la vérité au profit d'une seule stratégie : minimiser les responsabilités pour permettre à une petite catégorie de personnes de conserver leur poste à la commune, et ce quoi qu'il en coûte », a-t-il dénoncé, pointant du doigt ce qu'il perçoit comme une tentative de manipulation de l'enquête.
Une enquête critiquée pour sa lenteur
L'audition de mercredi marquait la fin d'une troisième vague d'interrogatoires menés depuis l'ouverture de l'enquête. Cette procédure a été vivement critiquée par de nombreux défenseurs des parties civiles pour sa lenteur, alimentant les suspicions et les tensions autour d'une affaire qui continue de secouer la station de ski suisse et au-delà.



