Le Grand Cirque Zavatta défie la justice à Mérignac malgré les plaintes
Cirque Zavatta maintient ses spectacles malgré les actions en justice

Le Grand Cirque Zavatta défie les autorités à Mérignac

Malgré les actions en justice intentées par le Groupe Carrefour et la Ville de Mérignac pour occupation illégale, et les accusations de maltraitance animale portées par les associations, le Grand Cirque Zavatta maintient ses représentations du 4 au 18 avril sur le parking de Mérignac-Soleil. Une situation devenue presque routinière pour Franck Muller, codirecteur du cirque, qui se présente comme un « résistant » d'une filière circassienne en pleine transition.

Une installation controversée et massive

Difficile de rater le Grand Cirque Zavatta, dont les couleurs jaune et rouge pavoisent le parking de Mérignac-Soleil depuis le dimanche 29 mars. Autour du chapiteau dressé, des dizaines de camions forment l'enceinte fortifiée d'un véritable village d'irréductibles. « Une cinquantaine de personnes, 800 tonnes de matériel », détaille Franck Muller, qui partage cette marque avec plusieurs cirques en France, mais dont celui-ci est l'un des plus imposants avec « plus de 50 animaux, la plus grande ménagerie de France ».

La collection animale comprend des tigres, des babouins, des autruches, des zèbres, des lions, et la mascotte Jumbo, un hippopotame de 40 ans pesant trois tonnes, présenté comme le « plus gros hippopotame d'Europe ». Le cirque, installé pour la période de Pâques, annonce des représentations du 4 au 18 avril, défiant ainsi les autorités locales et les propriétaires du terrain.

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Des plaintes et des démentis en cascade

Le Groupe Carrefour, propriétaire du parking, dément avoir donné son autorisation et a déposé une plainte accompagnée d'une demande d'évacuation en référé, qualifiant la convention présentée par le cirque de « document frauduleux ». La mairie de Mérignac a quant à elle condamné l'installation, saisi le préfet, et demande à la police municipale de retirer les affiches publicitaires. « Ils font semblant d'être étonnés mais j'avais informé le cabinet, voilà le mail », affirme Franck Muller, tandis que la Ville dément catégoriquement.

Les autorités dénoncent une tactique devenue habituelle : une implantation suivie de représentations « sauvages », avec des scénarios identiques recensés près de Mont-de-Marsan en février et à Lormont en mars. One Voice, association de défense des animaux, annonce pour sa part une manifestation le samedi 4 avril place du Général-de-Gaulle pour « Sauver Jumbo », érigé en symbole de la maltraitance animale dans les cirques.

Un cirque qui se dit « résistant » et invoque la loi

Franck Muller, dompteur de fauves de formation, ne semble pas inquiété par ces actions. « Je suis un résistant du métier. Si on ne veut pas de moi, je viens. Et un jour, je viendrai m'installer dans le parc de la mairie de Mérignac ! », lance-t-il, préférant invoquer la loi. Il rappelle que la loi du 30 novembre 2021 contre la maltraitance animale prévoit certes l'interdiction des animaux sauvages dans les cirques au 1er décembre 2028, mais qu'« en attendant, aucune mairie ne peut refuser l'installation pour ce motif ».

Concernant les associations de défense des animaux, le codirecteur affiche un certain détachement : « Avant, j'étais en colère, maintenant je leur dis merci : ils nous font de la pub ». Il reconnaît cependant des tensions passées, évoquant « quelques claques » lors de manifestations, ce que confirme One Voice en condamnant « des violences envers nos bénévoles ».

Le bien-être animal et l'avenir de la filière en débat

Sur le fond, Franck Muller défend le bien-être des animaux dans son cirque : « Ce ne sont pas des animaux sauvages, ils sont tous nés dans le cirque. Ils ne peuvent pas s'adapter au zoo, ni ailleurs ». Il siège à la Commission nationale des professions foraines et circassiennes, créée pour favoriser la transition de la filière, mais estime que la loi de 2021 est « inapplicable ».

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« Elle compte 1 700 animaux. Et l'État n'a pas les moyens de les prendre en charge », argumente-t-il, pointant du doigt les naissances encore recensées malgré l'interdiction de reproduction. Il montre d'ailleurs trois jeunes tigres de moins d'un an, nés dans le cirque, comme preuve de la vitalité de sa ménagerie.

Malgré la montée en puissance de la cause animaliste, le cirque assure que ses recettes ne souffrent pas : « La filière a eu 14 millions de spectateurs en 2025. Et chez nous, les réservations sont bonnes. On se porte bien. Et sans subventions ». Franck Muller va même plus loin, affirmant que « le public vient pour les animaux » et que certains confrères ayant renoncé aux animaux aimeraient faire marche arrière.

Un conflit qui dure et des symboles qui s'affrontent

One Voice, qui suit le Grand Cirque Zavatta depuis longtemps, a porté depuis 2019 une douzaine de plaintes, dénonçant les conditions de vie « indignes » de Jumbo, avec un espace restreint et un non-accès à l'eau. L'association a lancé une pétition « Sauvons Jumbo » sur son site, faisant de l'hippopotame le symbole de sa lutte contre la maltraitance animale.

De son côté, Thierry Trijoulet, maire PS de Mérignac, dénonce les « méthodes peu recommandables » d'un cirque « installé de force » qui « manipule les signatures ». « Le plus gênant est qu'ils ont dressé leur chapiteau sans commission de sécurité. J'en ai alerté le préfet », explique l'élu, qui pour l'instant ne veut pas « ajouter du désordre » en envoyant sa police municipale sur place, se contentant de verbaliser pour « occupation illégale » et « affichage sauvage ».

Alors que le chapiteau reste dressé et que les spectacles se poursuivent, un slogan en lettres rouges sur fond jaune résume l'état d'esprit du cirque : « Le cirque reste roi / comme autrefois / avec ses animaux ». Une affirmation qui, à l'heure de la transition écologique et des débats sur le bien-être animal, ne fait pas l'unanimité, mais témoigne de la résistance opiniâtre d'une tradition circassienne confrontée à de nouveaux défis sociétaux.