Hachette, sacs-poubelles et acide : les secrets de Carmen, la boulangère qui nie avoir dépecé son conjoint
Carmen Enciso, 61 ans, sera jugée en juin prochain devant la cour d'assises des Pyrénées-Orientales pour le meurtre de son compagnon François Vigouroux, 57 ans, survenu à Ille-sur-Têt en 2022. Cette boulangère et mère de trois enfants, originaire d'Andalousie, avait initialement livré aux gendarmes un récit terrifiant de dépeçage, avant de faire volte-face et de contester toute responsabilité dans ce crime épouvantable.
Des aveux partiels suivis d'un revirement complet
Le 29 juin 2022, lors de sa quatrième audition de garde à vue, Carmen Enciso décrit aux gendarmes d'Ille-sur-Têt une scène macabre. Elle raconte s'être vêtue d'une combinaison de peintre, avoir mis des gants et posé une planche épaisse sur le sol du garage "pour ne pas taper la dalle". Pendant toute une nuit, malgré la nausée, elle aurait découpé à grands coups de hachette le corps de François Vigouroux, mesurant 1,80 mètre pour 130 kilogrammes, "en commençant par les jambes", puis en passant aux bras, au bassin et à la tête.
Huit mois après ces aveux partiels, la sexagénaire a radicalement changé sa version des faits. Elle accuse désormais un de ses amis, puis l'ex-compagne du défunt et son fils, d'être responsables de la disparition du corps. "Je n'ai plus confiance dans la justice ! Je veux que toute la lumière soit faite !" a-t-elle vitupéré en juillet 2024 devant la cour d'appel de Montpellier, où elle demandait sa remise en liberté.
Un couple aux relations troubles et un mobile financier présumé
L'enquête a tenté de comprendre la dynamique de ce couple qui se fréquentait depuis quatre ans, après la mort du premier mari de Carmen, Charles, qui fut longtemps alcoolique. Ce premier mariage n'était pas dénué de violences : Charles avait déposé plainte contre Carmen, l'accusant de lui prendre "tout son argent depuis deux ans", de l'avoir menacé avec un couteau et frappé avec des casseroles. Carmen avait riposté en se plaignant de violences conjugales, et la justice avait classé l'affaire sans suite.
Avec François Vigouroux, ancien employé des stations de ski en Andorre, les relations semblaient plus sereines. Le couple devait se pacser et acheter une maison à Cornilla-la-Rivière. Mais le 7 avril 2022, jour de la signature du compromis, Carmen envoie un SMS au vendeur indiquant que François aurait fait un AVC et qu'ils ne peuvent s'engager. Quentin, le fils de François, voit son père pour la dernière fois le 29 avril, les autres rendez-vous étant systématiquement annulés ou différés.
Pour le juge d'instruction et la famille de la victime, le mobile du crime serait financier. "C'est une personnalité criblée de dettes, qui ont toutes été purgées avec la mort de la victime", souligne Me Thomas Auset, avocat de la partie civile. Le 26 mai 2022, juste avant la signalisation de la disparition, quelqu'un a effectué des opérations bancaires importantes : solde de six mois de loyer en retard, paiement de grosses factures de travaux impayées, et versement de 10 000 euros sur le compte de Carmen.
Des preuves matérielles troublantes et des zones d'ombre persistantes
L'enquête a mis au jour des éléments matériels particulièrement troublants :
- L'achat de bâche, de 125 sacs-poubelles et d'acide chlorhydrique le 18 mai 2022
- Une forte concentration de Théralène, un somnifère, dans les restes du corps
- L'acquisition par Carmen d'autres médicaments soporifiques dans les semaines précédant le décès
- Une plaie pénétrante, compatible avec un coup de couteau, découverte à l'autopsie
Pourtant, malgré ces indices, de nombreuses questions demeurent sans réponse. Les experts n'ont trouvé aucune trace de sang dans le garage de la boulangère où aurait eu lieu le dépeçage. "Ce dossier recèle de très nombreuses zones d'ombre que l'enquête n'a pas permis d'éclaircir", nuance Me Florian Medico, l'un des avocats de la défense.
Un procès attendu avec intensité
Carmen Enciso encourt la réclusion criminelle à perpétuité lors de son procès, qui se tiendra à Perpignan du 3 au 5 juin prochain. Me Fabien Large, l'un de ses avocats, martèle depuis des mois : "On ne peut parler que d'une erreur judiciaire !" Tandis que Me Thomas Auset, représentant la famille de François Vigouroux, s'interroge : "Et après avoir tué le père, elle accuse maintenant le fils ! Est-ce qu'on peut tout dire et tout faire pour assurer la défense d'un accusé ? Ce sera aussi l'un des enjeux de ce procès."
Une certitude émerge des déclarations de toutes les parties : le procès s'annonce particulièrement intense, avec des débats qui devraient tenter d'éclaircir les nombreuses zones d'ombre entourant cette affaire criminelle complexe.