Botox illégal et guet-apens : 11 000 € volés à un innocent près de Montpellier
Une sombre affaire mêlant médecine esthétique clandestine, harcèlement en ligne et violence a éclaté à Montpellier, révélant les dangers des pratiques illégales de botox. Ce qui devait être une simple rivalité commerciale a dégénéré en une agression brutale et un vol important touchant un homme totalement étranger au conflit.
Une rivalité qui tourne au harcèlement
Chaneze, une Nordiste de 32 ans vivant du RSA et récemment installée à Montpellier avec ses deux enfants, cherchait à arrondir ses fins de mois en pratiquant des injections illégales de botox. Comme de nombreux praticiens sans titre médical, elle rencontrait sa clientèle via les réseaux sociaux.
À Montpellier, cette activité clandestine a rapidement généré des tensions avec un concurrent agissant sous pseudonyme en ligne. Chaneze, persuadée que ce rival cherchait à la dénoncer, a décidé de le démasquer à tout prix.
Le recours à un hacker pour identifier le supposé harceleurPour identifier son adversaire, Chaneze a fait appel à un hacker qui lui a fourni le nom de celui qu'elle croyait être son harceleur. Malheureusement, cette information était erronée : l'homme désigné n'était que l'ancien compagnon de la femme avec laquelle Chaneze était en conflit, et n'avait absolument rien à voir avec leur querelle.
Dès décembre 2025, cet homme innocent a commencé à recevoir des menaces téléphoniques, ce qui l'a poussé à déposer plainte. Mais le pire était encore à venir.
L'escalade vers la violence
Le 15 février dernier, des inconnus ont frappé à sa porte et visité sa cave, dérobant une télévision et des pneus. Mais c'est le lendemain matin, au Mas Drevon, que la situation a basculé dans la violence extrême.
"Je voulais lui mettre un coup de pression et lui prendre son téléphone", a reconnu Chaneze lors de son procès au tribunal correctionnel de Montpellier. La victime, quant à elle, raconte : "je me suis rendu compte que mes quatre pneus étaient crevés. Je suis allé jusqu'à la station-service. Il y avait deux hommes et une femme qui m'ont demandé mon téléphone. L'un d'entre eux m'a saisi par-derrière et m'a fait une clé de bras. Je me suis retrouvé au sol où j'ai reçu des coups de poing et de pied".
Selon son témoignage, Chaneze l'a filmé alors qu'il était à terre et a même lancé à son complice : "Farid, plante-le". Heureusement, aucune arme blanche n'a été utilisée, mais le trio est reparti avec la sacoche de la victime.
Le vol des économies d'une vie
À l'intérieur de cette sacoche se trouvait un butin totalement inattendu : 11 000 € en liquide que la victime retirait depuis onze mois. "C'était pour mes parents qui allaient faire des travaux en Algérie. Une partie devait aussi permettre de financer l'opération d'une petite fille sourde", a-t-il expliqué, le cœur lourd.
Cet argent, fruit de longues économies destinées à des projets familiaux et humanitaires, n'a jamais été retrouvé. Chaneze affirme que c'est Farid, l'ancien champion de lutte qu'elle avait recruté pour intimider la victime, qui l'a gardé. Farid, quant à lui, déclare le contraire lors du procès : "C'est elle qui est repartie avec la sacoche. Je ne savais même pas qu'il y avait de l'argent. Quand un ami me l'a dit, j'ai appelé Chaneze pour lui demander de le rendre".
Les conséquences dramatiques pour la victime
Après avoir été passée à tabac - ce qui lui a valu deux jours d'ITT (incapacité totale de travail) - la victime a réussi à filmer la voiture de ses agresseurs. Cette preuve a permis l'interpellation de Farid dès le lendemain, suivie de celle de Chaneze qui s'était retranchée chez elle, avenue du Père Soulas.
"Ça me fait de la peine de les voir comme ça", a témoigné la victime au procès. "Je n'ai rien à voir avec eux. J'ai une vie tranquille, je travaille en tant que chauffeur. Après ça, je n'ai pas pu travailler car ma carte de conducteur était dans la sacoche. J'ai dû refaire tous mes papiers, changer les serrures..."
Me Paul Gallix, avocat de la victime, a souligné : "La préméditation n'a pas été retenue mais elle était là. Il a subi un préjudice physique et moral".
Le verdict du tribunal
Face à la gravité des faits, la procureure Alexandra Peyre a requis 18 mois de prison avec sursis contre Chaneze, "qui a désigné le coupable et mis en place le guet-apens". Elle a souligné que l'accusée "ne s'est jamais posé la question de la gravité, de l'illégalité et des conséquences de ses actes".
Concernant Farid, "qui est aussi allé au bout du projet", elle a demandé 18 mois de prison dont 6 avec sursis. Les avocats des deux prévenus, Nadia El Bouroumi et Emmanuel Pons, ont rappelé les zones d'ombre entourant le rôle de chacun.
Finalement, si le vol et les dégradations n'ont pas été retenus par le tribunal présidé par Gilles Maschio, les prévenus ont été reconnus coupables de vol avec violence. Chaneze a été condamnée à 16 mois de prison avec sursis, et Farid à 16 mois dont 10 avec sursis, sans maintien en détention.
Les deux condamnés ont l'obligation de travailler et d'indemniser la victime, ainsi que l'interdiction de la contacter ou de paraître à son domicile. Ils devront également payer les sommes dues au Trésor public.
Cette affaire tragique illustre les dangers des pratiques médicales illégales et montre comment des rivalités commerciales peuvent dégénérer en violence aveugle, touchant des innocents pris au piège de conflits qui ne les concernent pas.



