Surpopulation, manque d'effectif, heures supplémentaires, insécurité... Les conditions de travail se dégradent pour les surveillants pénitentiaires, qui ont répondu présent à l'appel au blocage du syndicat Ufap-Unsa, devant la Maison d'arrêt de Bayonne, ce lundi 27 avril.
Un blocage matinal pour alerter
Les agents pénitentiaires tapent du poing sur la table. Ce lundi 27 avril, dès 6 h 30, ils ont bloqué la Maison d'arrêt de Bayonne toute la matinée. Ils étaient une vingtaine, jusqu'à la reprise de service de certains surveillants, interdits de faire grève en raison de leur statut. Seuls une infirmière et les agents ont pu entrer dans la prison. Le reste du personnel n'a pu entrer qu'en fin de matinée. Quelques-uns sont venus en soutien. Ils ont répondu à l'appel national du syndicat Ufap-Unsa justice.
Une prison vétuste et surpeuplée
Avec un taux d'occupation remonté à 230 %, avec trois à quatre personnes par cellule de 9 m² (163 détenus pour 75 places), la Maison d'arrêt de Bayonne reste l'une des prisons les plus vétustes et surpeuplées de Nouvelle-Aquitaine. Ces conditions de détention difficiles pèsent à la fois sur les détenus et le personnel de la prison, en sous-effectif.
« On travaille en mode dégradé car on manque de personnel. Au niveau de la direction interrégionale de Bordeaux, il manque 500 agents. Cela crée de l'insécurité pour le personnel. Il y a plus de 5 000 agressions par an au niveau national », explique Pierre Evenou, secrétaire local adjoint à l'Ufap-Unsa justice.
Heures supplémentaires et fatigue
« Cela engendre aussi du travail supplémentaire. Que ce soit le personnel de surveillance, l'administratif ou les services techniques, tous les secteurs sont impactés. À Bayonne, nous avons 42 agents de surveillance et une dizaine de postes vacants donc nous n'avons quasiment pas de repos, avec entre 30 et 50 heures supplémentaires cumulées tous les mois pour chaque agent. Il y a une grosse fatigue », poursuit son collègue Christophe Dadot, d'Ufap-Unsa justice. Le surveillant brigadier estime que les agents « ne peuvent pas s'occuper de tous les problèmes à 100 % ». En raison de la promiscuité, les tensions sont plus fréquentes entre les détenus.
Des détenus de plus en plus violents
La maison d'arrêt n'est censée accueillir que des prévenus, en attente de jugement. Mais les trois quarts sont des condamnés. « À cela s'ajoute le fait qu'on a des détenus de plus en plus violents et dangereux. Il y en a beaucoup qui ont des problèmes psychiatriques et qui n'ont rien à faire dans cet établissement. Il faudrait les réaffecter dans des centres aménagés mais il n'y en a aucun dans les Pyrénées-Atlantiques », souffle Pierre Evenou. En décembre dernier, un prévenu avec des troubles psychiatriques avait mis le feu à sa cellule en brûlant son matelas. Un agent avait dû entrer seul dans la cellule enfumée pour sauver les personnes à l'intérieur.
Recrutements insuffisants
La direction a annoncé l'arrivée de huit personnes en plus cet été. L'une s'est désistée, faute de logement. Une vague de recrutement « qui va faire du bien au personnel mais qui ne suffira pas pour autant », estime Nicolas Crouzat, délégué CGT pénitentiaire. Deux personnes seront mutées et deux autres partent à la retraite. Le syndicat FO « partage les mêmes constats » qu'Ufap-Unsa et la CGT mais n'a pas participé à ce dernier mouvement, estimant qu'il s'agissait d'un blocage « démagogique, populiste et électoraliste ». La dernière grève importante à la Maison d'arrêt de Bayonne remontait à 2018, après l'agression de surveillants de la prison de Vendin-le-Vieil, dans le Pas-de-Calais.



