40 ans après la mort de Coluche à Opio : un lieu de mémoire vivant
40 ans après la mort de Coluche à Opio : mémoire vivante

Le 19 juin 1986, la mort de Coluche frappe la France comme un choc brutal. À seulement 41 ans, l'humoriste disparaît sur une route d'Opio, dans l'arrière-pays grassois. Quarante ans plus tard, le souvenir reste intact, notamment pour Pascale Primi, alors jeune journaliste à l'agence de Grasse de Nice-Matin.

« Nous avons d'abord appris qu'il y avait eu un accident de moto à Opio. Puis l'AFP m'a confirmé que la victime était Coluche, mort sur le coup », se souvient-elle. Avec un photographe et un collègue, elle se rend immédiatement sur les lieux. À leur arrivée, l'ambulance vient de repartir avec le corps. Restent la moto, le camion impliqué, les gendarmes et les compagnons de route de Coluche, « complètement effondrés ».

Un accident aux circonstances établies

Les premiers éléments recueillis ne laissent alors guère de place au doute. L'humoriste revenait d'un déjeuner sur le littoral avec des amis motards et remontait vers sa maison de Châteauneuf-Grasse pour travailler à son prochain spectacle. « Contrairement à ce qui a été beaucoup raconté, il n'avait pas bu. Il faisait jour, la visibilité était bonne et il ne roulait pas vite », insiste la journaliste. Selon les témoignages recueillis sur place, Coluche aurait dépassé son groupe peu avant le choc et se serait peut-être retourné une fraction de seconde vers ses compagnons au moment où le camion amorçait sa manœuvre. « Pour moi, c'est un accident, un concours de circonstances malheureux », affirme Pascale Primi.

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Ne pouvant photographier le corps sur la route, l'équipe de Nice-Matin se rend ensuite à l'athanée de Grasse. C'est là qu'est réalisée la photo publiée en Une du journal le lendemain, une image qui suscitera la polémique. La journaliste assume ce choix : « La photo n'était pas choquante. On voyait simplement son visage. La seule chose choquante, c'est qu'il était mort. »

Les doutes qui ont traversé le temps

Avec les années, des théories complotistes apparaissent, évoquant un assassinat politique, nourri notamment par les déclarations de Coluche qui promettait de faire des révélations dans son prochain spectacle. Pascale Primi n'y a jamais adhéré : « Si on veut tuer quelqu'un, il y a plus efficace que de placer un camion sur une route. Mais cela montre aussi à quel point Coluche a marqué son époque. Sa mort a été un événement national. Et aujourd'hui encore, sa mémoire reste incroyablement vivante », observe-t-elle. « Ce jour-là, la France a perdu bien plus qu'un humoriste. »

Celle-ci ne s'est jamais éteinte. Dès les mois qui suivent, anonymes et motards viennent se recueillir à Opio. « Quarante ans plus tard, ils sont encore des centaines à s'y rendre régulièrement », confie le maire d'Opio, Thierry Occelli. « Cette fidélité illustre la place singulière qu'occupe Coluche dans la mémoire collective française. Et à Opio, nous œuvrons pour ce devoir de mémoire. J'estime que c'est notre rôle de faire vivre le souvenir de celui dont le destin s'est brutalement arrêté sur cette route. Il faut transmettre aux nouvelles générations les valeurs de solidarité et de générosité que Coluche incarnait. »

Opio, un lieu de mémoire vivant

Face à cet attachement, la commune a progressivement structuré ce lieu de mémoire. Un rond-point portant son nom a été aménagé à proximité du lieu de l'accident, intégrant un espace de recueillement. En 2016, une œuvre monumentale de l'artiste azuréen Kristian y a été installée. À la demande de Véronique Colucci, son visage n'y est pas représenté. La sculpture figure une salopette vide, symbole fort de son absence, sur laquelle est gravée la phrase « C'est l'histoire d'un mec… », laissée en suspens comme pour signifier que son héritage continue de vivre : « Il est parti sur une route d'Opio, mais son histoire ne s'est jamais arrêtée », confie Kristian. Une boîte aux lettres permet encore aujourd'hui aux visiteurs de déposer des messages.

Chaque année, le « Run de Coluche » rassemble des milliers de motards autour de ce lieu. Plus qu'un simple rassemblement, l'événement mêle hommage, respect et convivialité. « C'est festif, mais dans le recueillement », souligne le maire, qui évoque à chaque édition « une heure de magie ».

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