30 mois avec sursis pour avoir menacé sa femme et mis en joue des policiers
30 mois avec sursis pour menaces avec arme à Biriatou

Après avoir menacé son épouse puis mis en joue deux policiers à Biriatou avec un fusil chargé, un homme de 57 ans a été condamné à 30 mois de prison avec sursis, ce jeudi 7 mai devant le tribunal judiciaire de Bayonne. Les fonctionnaires, qui auraient pu ouvrir le feu, ont fait preuve de sang-froid en le raisonnant.

Le drame évité de justesse

Le drame avait été évité de peu, grâce au sang-froid de deux policiers de Saint-Jean-de-Luz. Le 21 mars dernier, ils se sont rendus à Biriatou, à la frontière basque, après l’appel d’une femme en détresse. Sur place, ils ont entendu cette dernière en pleurs appeler au secours. Elle s’était réfugiée dans les toilettes. « J’en ai marre, je vais en finir ! », ont-ils entendu. Ils ont pénétré à l’intérieur du domicile et sont tombés sur un homme de 57 ans menaçant. Il tenait un fusil Winchester calibre 30-30, chargé, dans les mains. Trois autres fusils étaient posés à côté, avec des munitions à chevrotine. L’individu s’est retourné vers les policiers et les a mis en joue en menaçant de tirer.

L’un des fonctionnaires de police a immédiatement fait usage de son taser. Mais l’homme alcoolisé, sous stupéfiants et sous traitement médical n’a rien senti. Il s’est retranché derrière la porte de sa chambre, toujours fusil en main. Les policiers ont alors sorti leur pistolet en lui demandant de déposer son arme. Les conditions étaient réunies pour qu’ils puissent en faire usage. « Je vais tirer ! », leur a-t-il lancé. Ils ont préféré négocier et le raisonner, avec succès. Il a été appréhendé et placé en garde à vue. Au total, sept armes et une centaine de munitions ont été retrouvées au domicile de ce chasseur.

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« Je vais te tuer, je vais me tuer, j’en ai marre de cette vie de merde ! »

À son procès devant le tribunal judiciaire de Bayonne, ce jeudi 7 mai, le petit homme chétif, veste en jean, barbichette, crâne rasé et lunettes de vue, assure qu’il voulait se « tuer » et qu’il était dans « un état second ». Il reconnaît une partie des faits mais « ne se souvient plus de tout ». Il s’excuse auprès des policiers : « j’ai vu la peur sur leur tête ». Mais aucune excuse auprès de son épouse. Il lui reproche même à l’audience de « passer ses journées devant la télé ».

Dans un état de dépression, il était jaloux parce qu’elle « discutait avec d’autres personnes ». Le matin des faits, il a réveillé son épouse avec un couteau de chasse à la main, lui expliquant qu’il voulait « en finir » : « Je vais te tuer, je vais me tuer, j’en ai marre de cette vie de merde ! », criait-il. Quand elle s’est réfugiée dans les toilettes, il a planté le couteau dans la porte. « J’avais peur qu’il tire avec son fusil à travers la porte », a-t-elle confié aux enquêteurs.

Expérience de « mort imminente »

Selon un médecin qui l’a examinée, elle a eu une expérience de « mort imminente ». Une ITT de dix jours a été fixée en raison des conséquences psychologiques et d’un stress post-traumatique. « Si elle est encore en vie, c’est grâce à l’intervention des deux policiers », a insisté son avocate. Me Nathalie Peynaud a rappelé « qu’un féminicide sur quatre est commis avec un fusil de chasse » et qu’il y a « souvent un suicide en suivant. Nous sommes ici dans le cadre d’une tentative de suicide par police interposée ».

« Cela aurait pu être plus grave. Il y aurait pu avoir un, deux ou trois cadavres. Nous sommes formés pour ce type d’intervention mais pas pour accéder aux demandes de personnes suicidaires », raconte à la barre l’un des policiers. Le deuxième explique « qu’avec toutes les armes retrouvées prêtes à servir, l’homme se préparait à tenir un siège ». Leur avocate, Me Laura Gilet, a rappelé que « les policiers sont avant tout des hommes et tirer aurait été très lourd à porter pour eux ».

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« Il a pété les plombs »

Le casier judiciaire du quadragénaire ne porte aucune mention. Il a déjà fait plusieurs séjours en hôpital psychiatrique. Un expert a estimé que son discernement était altéré en raison de sa consommation d’alcool et de médicaments au moment des faits. Le procureur, Jean-Claude Belot, a toutefois demandé au tribunal de retenir « la pleine responsabilité » du prévenu, au motif que « l’absorption d’alcool et de médicaments était volontaire ». Il a souligné la « dangerosité réelle » du quinquagénaire, avant de réclamer une peine de 18 mois de prison avec un sursis probatoire renforcé et une obligation de soins en hospitalisation fermée.

Son avocate, Me Camille Dezes, a demandé aux juges de « la bienveillance pour un homme malade, qui a refait une tentative de suicide moins de 48 heures avant son procès ». « Il était dans un état second et désespéré de la situation avec son épouse. Il a perdu le contrôle et a pété les plombs. Mais il ne voulait pas tirer. C’était l’acte désespéré d’un homme qui voulait en finir », a-t-elle plaidé. Le tribunal est allé au-delà des réquisitions en condamnant l’homme à 30 mois de prison avec sursis probatoire renforcé. Une injonction de soins, une interdiction d’entrer en contact avec la victime et de paraître à son domicile a été prononcée. Son permis de chasse a été retiré.