Un rapport d'inspection commandé par le ministère de l'Enseignement supérieur, révélé par Libération le 26 juin 2025, dresse un constat sévère sur l'enseignement supérieur privé en France. Les auteurs pointent des « défaillances systémiques » dans les mécanismes de contrôle et une « qualité insuffisante » d'un nombre significatif de formations.
Des contrôles jugés inefficaces
Selon le rapport, les procédures de contrôle actuelles, menées par les rectorats et le ministère, sont « inadaptées et insuffisamment coordonnées ». Sur les 1 200 établissements privés d'enseignement supérieur recensés, seuls 30 % ont fait l'objet d'une inspection au cours des cinq dernières années. Les inspecteurs notent que les critères d'évaluation varient fortement d'une académie à l'autre, rendant les comparaisons impossibles.
Le rapport souligne également que les sanctions, en cas de non-conformité, sont rarement appliquées. « Les fermetures administratives sont exceptionnelles, même en cas de défauts graves », indique le document. Ainsi, entre 2020 et 2024, seulement 12 établissements ont été contraints de cesser leur activité, alors que des centaines de plaintes d'étudiants ont été déposées pour des formations non reconnues ou des diplômes sans valeur.
Qualité des formations en berne
L'enquête a porté sur un échantillon de 200 formations dispensées dans des écoles privées, allant du bachelor au master. Près de 40 % d'entre elles présentent des « lacunes pédagogiques majeures », selon les inspecteurs. Les problèmes identifiés incluent des programmes obsolètes, un corps enseignant insuffisamment qualifié (avec parfois des intervenants recrutés sans diplôme requis), et un suivi des étudiants quasi inexistant.
Le rapport cite l'exemple d'une école de commerce parisienne où 70 % des cours étaient donnés par des vacataires sans formation pédagogique, et où le taux d'abandon atteignait 45 % en première année. « Les étudiants paient des frais de scolarité élevés, souvent entre 5 000 et 10 000 euros par an, pour une formation qui ne leur apporte pas les compétences promises », déplore le rapport.
Un marché en pleine expansion
L'enseignement supérieur privé a connu une croissance rapide en France, avec une augmentation de 25 % du nombre d'étudiants entre 2015 et 2025. Il représente désormais près de 20 % des effectifs de l'enseignement supérieur. Cette expansion s'est faite sans cadre réglementaire adapté, selon le rapport. Les établissements privés lucratifs, souvent détenus par des fonds d'investissement, sont particulièrement pointés du doigt. « La recherche de profit prime parfois sur la qualité académique », écrivent les inspecteurs.
Le rapport préconise une série de mesures, dont la création d'un organisme national d'accréditation unique, le renforcement des inspections inopinées, et l'obligation pour les établissements de publier des indicateurs de réussite (taux d'insertion professionnelle, taux de diplomation). Il recommande également de limiter la publicité mensongère, qui promet souvent des débouchés irréalistes.
Réactions du ministère
Interrogé par Libération, le ministère de l'Enseignement supérieur a indiqué « prendre acte des conclusions du rapport » et annoncé la mise en place d'un groupe de travail pour « renforcer le contrôle et la transparence ». Une loi pourrait être présentée à l'automne pour encadrer plus strictement le secteur. « Nous devons protéger les étudiants et garantir la valeur des diplômes délivrés », a déclaré une porte-parole du ministère.
Les associations étudiantes, de leur côté, saluent le rapport mais jugent les mesures insuffisantes. « Cela fait des années que nous alertons sur les dérives du privé. Il faut des actions concrètes, pas seulement des groupes de travail », a réagi la présidente de l'Union nationale des étudiants de France (UNEF).



