Parcoursup : un chercheur dénonce les dérives des écoles privées hors plateforme
Ce mercredi 1er avril marque la date limite pour finaliser ses vœux sur la plateforme Parcoursup d'accès à l'enseignement supérieur. Dans ce contexte, le chercheur indépendant Mathis d'Aquino lance un avertissement solennel aux lycéens et à leurs familles qui seraient tentés de contourner le système en s'inscrivant dans des établissements privés hors Parcoursup.
L'essor inquiétant du "nouvel enseignement supérieur privé"
Depuis la loi de 2018 sur "la liberté de choisir son avenir professionnel", qui a considérablement développé le financement public de l'apprentissage, on assiste à une prolifération d'entreprises éducatives privées. Mathis d'Aquino, enseignant en sciences économiques et sociales au lycée Fernand-Daguin à Mérignac (Gironde) et chercheur indépendant en sciences politiques, étudie ce phénomène depuis 2023.
"Cela s'est fait un peu par hasard", explique-t-il. "Il y a quelques années, beaucoup de lycéens me parlaient d'écoles post-bac dont je n'avais jamais entendu parler. Dans le même temps, j'ai vu apparaître dans les rues de Bordeaux plusieurs établissements supérieurs privés accessibles sans passer par Parcoursup."
Selon les chiffres du ministère, les inscriptions dans le privé post-bac ont augmenté de 62% depuis 2013. Mais cette hausse concerne principalement ce que d'Aquino appelle le "nouvel enseignement supérieur privé" (NESP), qui représenterait environ 450 000 étudiants, soit 15% du total des étudiants en France.
Les caractéristiques problématiques du NESP
Le chercheur identifie plusieurs caractéristiques inquiétantes de ces établissements :
- Absence de professeurs permanents
- Absence d'adossement à la recherche
- Absence de diplômes d'État reconnus par le ministère de l'Enseignement supérieur
- Recours aux titres RNCP (Répertoire national des certifications professionnelles) plutôt qu'aux diplômes traditionnels
- Utilisation d'intitulés anglophones comme "bachelor" ou "Master of Science"
"Un titre RNCP est la validation officielle des compétences professionnelles, ce n'est pas un diplôme", précise d'Aquino. "Il est délivré par le ministère du Travail, mais n'offre pas toujours d'équivalence si on souhaite poursuivre ses études. Et comme les titres sont réévalués tous les trois ans, ils peuvent disparaître en cours d'année."
Une concurrence directe avec le secteur public
Contrairement à l'idée reçue selon laquelle le privé viendrait compléter l'offre publique, d'Aquino observe une concurrence directe dans plusieurs domaines clés :
- Sciences politiques et droit : attirés par la marque Sciences Po, de nombreux établissements privés s'installent dans des villes universitaires comme Bordeaux, alors que des formations publiques existent déjà.
- Santé : écoles préparatoires aux études de médecine (Pass et L.AS), de vétérinaire, et formations paramédicales se multiplient, parfois à proximité immédiate de CHU publics.
"L'essentiel de ce NESP vient faire une concurrence directe avec ce qu'on pourrait appeler la 'privatisation exogène', c'est-à-dire le fait que le privé vienne 'manger' petit à petit sur le secteur public", analyse le chercheur.
L'"industrie de la confusion" et ses risques
D'Aquino dénonce une véritable "industrie de la confusion" dans le secteur de l'enseignement supérieur privé. Les labels sont trop nombreux - publics, parapublics ou privés - et certains établissements créent leurs propres certifications.
"Il y a un décalage abyssal entre la complexité juridique et factuelle du système et la capacité de compréhension des personnes concernées", souligne-t-il.
Le chercheur met également en garde contre les promesses d'employabilité des écoles privées : "L'employabilité des écoles privées est déclarative, et donc invérifiable. Tandis que, grâce au dispositif InserSup, on sait que 85% des diplômés de master à l'université trouvent un emploi au bout de douze mois."
Des risques financiers croissants pour les étudiants
Avec la récente baisse de l'investissement de l'État dans le financement de l'apprentissage, d'Aquino anticipe des difficultés pour les écoles privées dont le modèle économique repose sur le soutien public.
"Certaines vont fermer, d'autres vont fusionner ou se restructurer. Et côté étudiants, il y a un risque d'endettement pour ceux qui n'arriveront pas à trouver une entreprise en alternance", prévient-il, notant la présence croissante de banques dans les salons d'orientation.
Le chercheur conclut en appelant à une vigilance accrue : "Il faut observer une grande vigilance envers les formations qui ne sont pas sur Parcoursup et qui donnent l'impression de chercher des clients plus que des étudiants. Je ne peux pas reprocher à une entreprise privée de vouloir être rentable, mais ce problème devrait interpeller les pouvoirs publics."



