Alors que le ministre de l’Éducation annonce un durcissement de la notation de l’orthographe lors du bac et du brevet 2026, le débat s’est rouvert sur le déficit de compétences des élèves dans ce domaine. Et sur les recettes pour inverser la tendance.
Une exigence ministérielle forte
“Toute copie qui n’a pas un niveau suffisant en termes d’orthographe, de syntaxe et de grammaire ne peut pas avoir la moyenne au baccalauréat”. La saillie d’Edouard Geffray a secoué le monde de l’Éducation le 19 mai dernier. À quelques jours seulement des concours, le ministre a élargi cette exigence au brevet des collèges, faisant planer sur les élèves et les examinateurs une pression accrue, assortie “de recommandations spécifiques pour chaque matière et transmises aux correcteurs, ainsi qu’aux commissions d’entente et d’harmonisation.”
Plusieurs syndicats d’enseignants ont dénoncé un “coup de communication”. Selon Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-Fsu, “il n’y a pas forcément de barème sur l’orthographe mais lorsqu’un élève écrit mal, quand bien même le raisonnement est à peu près cohérent, cela influe déjà sur la note. Se dire que des copies au baccalauréat sont pleines de fautes d’orthographe, c’est certainement déjà trop tard. Il faut que l’on travaille en amont sur l’orthographe plus tôt. Et pour ça, il faut avoir les moyens de le faire dans de bonnes conditions.”
Une baisse de niveau confirmée par les études
Voilà en tout cas replacé au cœur de la cour d’école, un vieux brasier alimenté par les enquêtes internationales qui placent les élèves français en queue de peloton. Pas d’orthographe testée lors des enquêtes Pisa mais la France enregistre en 2022 ses plus mauvais scores sur la compréhension de lecture chez les élèves de 15 ans. Dans le même temps, cette classe d’âge observe en France sa plus forte progression de mentions au Brevet des collèges (31 %, 7 points de hausse) en 2023. Examen bradé ? Cherchez l’erreur !
Une étude de la direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance de l’éducation nationale, diffusée en janvier 2023, révèle que les élèves de CM2 font aujourd’hui deux fois plus de fautes que ceux de 1987 lors de la même dictée, confirmant une baisse de niveau qui se serait en fait sournoisement installée tout au long du XXe siècle : les élèves de 1996 commettaient eux aussi en moyenne 2,5 fois plus de fautes que ceux des années 1920 sur un même texte.
La grammaire au cœur des préoccupations
Au-delà de la complexité reconnue de l’orthographe française, c’est l’augmentation des fautes de grammaire qui semble poser un problème majeur. Pour de nombreux experts, ces erreurs traduisent un manque de rigueur et de logique qui induit également une baisse de compétence en lecture mais aussi en mathématiques. “Cela fait un moment que les enquêtes de la Depp révèlent une inquiétude à propos du niveau des élèves en orthographe”, reconnaît Jean-Pierre Jeantheau, linguiste et statisticien, qui fut membre de la direction de l’évaluation et de la prospective au ministère de l’Éducation nationale.
Des solutions pour inverser la tendance
Ses solutions ? “La lecture du Grand meaulnes nous rappelle qu’à l’époque il y avait une dictée tous les jours. Sans en revenir à ça, la fréquence de l’exercice est importante. Il faut une pratique de l’orthographe intense et valorisée.” Quant à la simplification de certains mots, considérée comme une hérésie pour beaucoup, Jean-Pierre Jeantheau n’y croit pas : “On a vu que ça ne fonctionnait pas dans de nombreux cas, notamment celui des consonnes doubles.”
D’autant que l’actuelle génération d’élèves, bercée par le numérique, voit son rapport à l’orthographe particulièrement perturbé par les SMS et la communication abrégée des réseaux sociaux.
Des initiatives locales
Du côté de l’académie de Montpellier on explique avoir mis en place, dans le cadre de la mission “maîtrise de la langue et prévention de l’illettrisme”, une labellisation CLE (Comprendre Lire Ecrire). Un dispositif a pour objectif “d’accompagner et de valoriser l’engagement des établissements du second degré dans une démarche qui vise à sécuriser l’accès de tous les élèves aux clés de la compréhension, de la lecture et de l’écriture.”
Cette démarche, axée sur l’ensemble des compétences langagières, vise notamment à améliorer la maîtrise de l’orthographe. Elle comprend un volet formation à destination des enseignants de toutes disciplines et n’est actuellement déployée que dans une dizaine d’établissements de l’académie. Mais le ministre a fait de l’apprentissage du langage la priorité de la prochaine rentrée.
Pour Rémy Landri, président académique de la FCPE, le problème ne se limite pas aux seuls contenus d’apprentissage. “On a déjà fait trop de réformes sans retour d’expérience, déplore le représentant de parents d’élèves. Il y a aujourd’hui beaucoup plus d’élèves décrocheurs et perturbateurs pour lesquels l’école n’est plus adaptée, auxquels on n’apporte pas de réponse. Plutôt que de leur faire suivre des années d’étude à marche forcée, il faudrait leur proposer une vraie remise à niveau adaptée, pour trouver leur chemin dans une voie professionnelle.”



